‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 189 sur 293 · Taine, op. cit., p · texte numérisé non relu

Taine, op. cit., p

.l. Ibid., p. 3<U.

dans les idéeB ne se produisit qu'au XVllP siècle, à vrai dire, et cependant Milton, au XVTI^ étaât déjà une exception, tout comme Agrippa d'Aubigné en France. II le fut à double titre, en tant que huguenot farouche et intransigeant, mais aussi en tant que partisan de la liberté de penser, de croire et d'écrire. Quelque haine qu'il témoignât envers le catholicisme, quelle que fût son hostilité contre les évêques angli- C€Uis ' « se chauffant au soleil de la richesse et de Tavance» ment >, il fut un tolérant et prêcha, en apparence du moins *, pour la Uberté de tous. C'est pourquoi, tandis que ses contemporains, les Algemon Sidney et tant d'autres, qui ont simplement protesté contre les persécutions dont ils étaient euxmêmes l'objet, ne nous paraissent pas mériter une mention spéciale dans une histoire de la tolérance, il nous semble qu'il faille accorder une place, si petite fût-elle, à ililton, entre Castellion et Locke. Et c'est à dessein que nous choisissons spécialement ce dernier, car, de même que Locke, llilton traita spécialement la question au point de vue politique. En effet, dans son Traité du pouvoir civil en matière religieuse, il étabUssait que l'essence purement ^irituelle du christianisme ne permettait pas qu'on le pUât au joug des lois civiles ; d'ailleurs, Milton se demandait de quel droit l'Etat interviendrait, non seulement dans le choix d'une reUgion, mais encore dans l'organisation et la réglementation du culte ; son programme était donc, en somme, la séparation absolue de l'Eglise et de l'Etat.

MaL«*, en outre, Milton fut en réalité un grand apologiste de la raison humaine, et c'est pourquoi d'ailleurs, bien qu'allié aux puritains, il conserva toujours une indépendance qui suffit à l'éloigner des opinions extrêmes. Dans ce même Traité y non seulement il repoussait l'intervention de l'Etat en matière de foi, mais encore il refusait à l'Eglise

1. Cf. Sayous, Les deux révolutions d'Angleterre, Paris 1891, p. 77-8-

2. Il est diflficilo d'établir s'il éter.dait n^ellrment cette tolérance aux pApistoB. (Cf. Paul Janet, Histoire de la science politique, t. n, p. 312.)

«elle-même le droit de pousser les esprits vers telle ou telle croyance ; car, pour lui, l'autorité suprême en matière religieuse, c'était l'Evangile interprété par la conscience humaine, laquelle n'était soumise, à son avis, à aucun contrôle terrestre. Ses attaques contre les prélats « parvenus scolastiques » étaient en faveur de la pensée libre, libre dès l'école, mise à l'abri de toute influence pernicieuse et restrictive. Il revendiqua donc toutes les libertés K Mais ce fut en faveur de la liberté d'écrire, ce fut pour réclamer la suppression de la censure créée par le Parlement qu'il écrivit peut-être ses pages les plus vigoureuses. « Cet ordre, disait-il en parlant de la permission d'imprimer, s'écrit en latin, parce que notre langue anglaise, langue des hommes qui ont toujours eu la renommée d'être les premiers champions de la liberté,aurait peine à fournir assez de lettres serviles pour exprimer une volonté aussi despotique ^ »

Cependant, ce n'est plus simplement au nom du principe de liberté, mais bien aussi au nom de la religion elle-même (et c'est ici que reparaît le puritain), que Milton réclame la liberté de conscience en se réjouissant de la diversité des religions. « Quand on bâtissait, dit-il, le temple du Seigneur, et que les uns fendaient les cèdres,les autres coupaient et équarrissaient le marbre, y avait-il des hommes assez déraisonnables pour oublier que les pierres et les poutres devaient subir mille séparations et divisions avant que la maison de Dieu fût bâtie ? Et quand les pierres sont industrieusement assemblées, elles ne peuvent être continues,mais seulement contiguës, du moins en ce monde. Bien plus, la perfection consiste en ce que de ces mille diversités limitées, de ces mille différences fraternelles sans disproportions notables, naisse l'heureuse et gracieuse s^'métrie qui embellit tout l'ensemble et tout l'édifice ^. » Conception originale, mais précisément

1. N'a-t-il pas été juuqu'à réclamer riiistitution du divorce ? Cf The Doct. and discipL of Divorce^ cité par Taine, op. cit., p. 362.

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