Cité par Sayoua, loc. cit
.3. Areopagttica. (Cité par Tain«, op. cit.t p. 365.)
trop neuve et trop personnelle pour qu'elle pût exercer sur les contemporains une réelle influence.
Cependant, une association conforme aux théories de Milton va, de 1648 à la seconde révolution d'Angleterre, continuer la campagne en faveur de la liberté de conscience et devenir, en somme, une véritable école de tolérance : ce sont les quakers, chers à Voltaire.
La secte des quakers * ne joua, volontairement du moins, aucun rôle politique ; elle n'en est que plus intéressante pour l'histoire de la tolérance. Ces quakers, qui furent si souvent par leurs doctrines telles que, par exemple, le retour à la nature et le théisme, les précurseurs des philosophes du XVIIP siècle, n'ont cependant pas pour nous un intérêt bien spécial tant qu'ils sont en Angleterre, c'est-à-dire en butte aux persécutions les plus variées de la part de leurs concitoyens. Le mysticisme pathologique du cordonnier Fox ^ et de ses premiers disciples, les apologies du théologien Barclay, enfin les ouvrages écrits vers 1680 par le riche William Penn ne yjQuvaient rien témoigner en faveur de la tolérance réelle des quakers : c'est lorsqu'un parti est le plus fort, ou du moins loisqu'il a toute liberté d'action, qu'il le faut juger. Toute la première partie de leur histoire prouve simplement que les quakers furent traités cruellement par Charles II, sans autre laison que l'originalité de leurs mœurs et de leurs doctrines. Les puritains, installés en Amérique, fanatiques de la Bible, n'étaient guère plus tendres que la monarchie anglaise pour ces théistes qui plaçaient, l'inspiration audessus de la lettre : ils les expulsaient chaque fois qu'ils en avaient l'occasion.
1. Sur les quakers, oiiti-e les remarques bien connue» de Voltmpo, on peut consulter en j)artici:lier : SAYors. op. cit., p. '214-8, — et, sur leur tloctrine, l'ou\ra«e de Robert Barclay, Ajyologie de la véritable théohfjie chnt^enne, telle que la professent ceux que par dtrision on appelle Quakers (trad. fr.), ITO'i.
2. Voltaire dit de lui : « CYtait un jeune homme de vinpt-einq ans, do mteurs irréprochables, et suintement fou. » {Dictionn. philosoph.y art. 4 Quakers », II.)
Aussi, lorsque les quakers eurent leur territoire personnel, loi sque William Penn les eut installés dans les forêts qui bordaient FOhio et la Delaware, lorsque, avec Taide de leur bienfaiteur, ils eurent fondé un Etat où tout ce qui était philanthropie et libellé fut la base même de la constitution, il fallut bien rendre hommage à leur modération sincère et à leur tolérance. Sous Jacques II d'ailleurs, on cessa de les persécuter en Angleterre et ce furent ces précurseurs de la tolérance qui les premiers abolirent l'esclavage et, après avoir vu la ruine du fanatisme, luttèrent toujours contre cette autre forme d'inhumanité.
Cependant, une fois encore, en Angleterre, les réformés s'inquiétaient des faveurs accordées par leurs rois aux catholiques : il en résulta une nouvelle révolution, dont le succès définitif donna à l'Angleterre le régime libéral sous lequel elle vit encore aujourd'hui. Il n'est donc pas étonnant que, parmi les partisans du régime nouveau, se soit trouvé un ardent défenseur de la Uberté de conscience. Ce moraUste, cet apôtre de la tolérance était en outre le plus grand philosophe de son temps : c'était Locke.
Locl:e s'étftit occupé, dès sa jeunesse, de la question de la tolérance ; il ewAt rédigé, en 1667, un essai sur ce sujet qui resta inédit jusqu'au siècle dernier*. Mais c'est peu avant son retoi r en Angleterre^ vers 1688, qu'il publia, sous le couvert de TanonymatjSon ouvrage le plus important sur cette qne4»^ion, c'est à dire ^a, Lettre latine sur la tolérance". Quant aux trois autres lettres ^ qui parurent par 1r suite, elles
I. An Engay conarning toleration-f publié cltins len Sha/tettb ury Pafurtf. 1878, t. i'. p. 74-84.
'2. CotU" Epistola de tolérant ta parut à Amsterdam, chez Limboreli, sans nom d'auteur eu 1686. Elle fut traduite en an^lain par W. Popple. — Lu traduction françai*:? se trouve in Lockk, Œuvres philosoph. (tr. Tluirot). Pari.-*. I.Si>7, t. vu, p. 130-223.
3. En I6îJ(). il publia, en n^ponse aux eriti(iues de Jona.-^ l^roast « necotui lifter con^erninff ioleration ; elle est ai^n'^e • Philaiithropus • Puis, en 161)2, parut a third letter for toleration, Enfui, après sa mort, on publia en 1706, daîis les Posthumous Worka^ un fragment do .sa quatricrne lettre sur la tolérance.
n'étaient que des réponses aux critiques soulevées par la première ; c'est donc en analysant celle-ci que nous allons chercher à établir sur quelle argumentation se basait Locke pour réclamer la tolérance.
On peut cependant faire remarquer tout d'abord que non seulement il écrivit sur cette question, mais qu'il collabora en outre, de par sa situation officielle, avec ses amis les whigs à l'élaboration des bills de « compréhension » et de « tolérance ^^^ et que d'autre part, au point de vue religieux, il était ce qu'on appeleit alors un IcUitvdinaire. « Avoir des lois strictes touchant 1» vertu et le vice, disait-il lui-même, mais élargir autant que possible les termes du credo religieux c'est-à-dire faire en sorte que les articles de croyance spéculative soient peu nombreux et larges, les cérémonies peu nombreuses et faciles, voilà ce qui constitue le latitudinisme^.* Ces remarques préalables feront mieux comprendre quelle était la position de Locke dans le débat : il était, en somme, un théiste en matière religieuse et un libéral en matière politique.
Locke, dans son avis au lecteur, constatait, non sans rai8on,que les nombreux écrits déjà publiés en Angleterre sur la question de la tolérance manquaient par trop de largeur de vues et de désintéressement pour prétendre à une portée universelle. « Une liberté absolue, disait-il, une juste et véritable liberté, une liberté égale et impartiale, voilà ce dont nous avons besoin ^. » Les religions ayant toutes les mêmes prétentions, il lui semblait que la tolérance dût être la caractéristique de la véritable Eglise '^ : on ne saura qu'au jour du jugement dernier de quel côté est l'hérésie *. D'ailleurs, mieux vaudrait punir les débauchés, mv.mc lorsqu'ils
1. Cité par ^LlBION, J. Locke, sa vie et son œuvre, Paris. 1893, p. 6.
noto 1**.