‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 20 sur 293 · Voltaire, Essai sur les maurs, II · texte numérisé non relu

Voltaire, Essai sur les maurs, II

4. Montesquieu, Esprit des lois, 1. XII, ch. IV, in O. C, I,ondre«, 1772, t. r^ p. 133-1.

l'antiquité et le christianisme :^

vent commenté la maxime eoutumière : « Deorum offens'r diis curtr * . » Il ne faut pas oublier d'ailleurs que ce passage fameux de la loi des Douze Tables, qui plaçait l'admission des cultes étrangers sous le contrôle du Sénat, avait toujours été appliqué dans un sens très libéral;en effet, non seulement on avait admis à Rome la Grande Déesse et les divinités grecques, mais encore on y célébrait Attys, fils de Cybêle. Les Egyptiens, « couverts de mépris » *, n'en avaient pas moins à Rome un temple d'Isis, et la populace révérait également Sérapis ; enfin,à l'égard des nombreuses sectes juives qui vinrent s'y établir, le Sénat ne témoigna que d'une dédaigneuse indifférence.

Mais ces cultes exotiques, dont la populAce appréciait surtout les rites bizarres et souvent licencieux, provoquèrent bientôt des troubles, et, en l'an 186, après la scandaleuse affaire des Bacchanales, le Sénat s'aperçut que, sous couleur de religion, il se formait dans Rome de véritables associations de malfaiteurs : il eût peut-être toléré la dépravation, mais il ne pouvait laisser mettre en péril les bases mêmes de la société. Un sénatus-consulte rétablit avec plus de sévérité les dispositions de la loi des Douze Tables contre la liberté de culte. Par conséquent, si, à ce moment, le Sénat rie permit plus dans l'enceinte de Rome d'autres cultes que ceux qui étaient expressément autorisés, « il faut moins voir dans ce fait un acte d'intolérance et de fanatisme qu'une simple mesure de police et d'ordre public * ^

Pour le même motif, il ne faut pas taxer d'intolérance les maximes que Dion Cassius prête à Mécène : celui-ci conseillait, paraît-il, à Auguste de n'honorer que les dieux reçus ]>ar la tradition nationale, de haïr et de réprimer les innovations en matière religieuse ; « car ceux, expliquait-il, qui

1. Voltaire, Commentaire sur le livre des délits et des peines, VI, ot Traité de la tolérance, VI 11.

Page 1