I. I^ocKr. (Ki(>\ philoH., t. VII, p
*-'. Ihi'L. p. lîU-H
X Ihrf., p. 11*!» liOU.
\. Ihi'L, p. ilH-T.
."> Ihi'L. p. 211.
11 conclut enfin que, si la tolérance régnait, toutes les difficultés seraient aplanies, et en particulier celles que soulèvent les assemblées, « pépinières de factions et de révoltas » ; et il prononce cette maxime d'une portée très générale : '5 Tout consiste à accorder les mêmes droits à toiLs les citoyens d'un Etat *. »
Par conséquent, Locke ne s'en tient pas à une thèse en faveur de la tolérance au sens le plus large du mot. qui d'ailleurs serait conforme au principe de sft doctrine philosophique^ et à ses tendances personnelles', mais encore, un siècle avant la Révolution française, et à l'époque où l'on discourait en tous pays sur les sophismes de saint Augustin, il expose un véritable plan pour la réalisation de cet idéal politique, et l'on voit en somme que toute son œuvre est le développement de cette unique formule : séparation des Eglises et de l'Etat.
L Locke, Œm\ philos. , t. vu, p. 212 et 217.
2. Un certain pa^ssage de son traité De V entendement humain est particulièrement significatif à co sujet : c'est le § 4 du chapitre XVI du IV*^ livre {Œuv. philos., t. vi, p. 124-7). « Le véritable usage qu'on doive faire de son jugement, c'est d'avoir de la charité et de la tolérance les uns pour les autres » (p. 124.) — « Quoique l'homme pui8.se tomber souvent dans rerreiu*, il ne peut reconnaître d'autre guide que la raison , ni se Foiunottre aveuglément à la volonté et aux décisions d'autrui. » (p. 124.) — « Où est l'homme qui a des preuve.*» incontestables de la vérité de tout ce qu'il soutient, ou de la fausseté de tout ce qu'il condamne, ou qui peut dire qu'il a examiné à fond toutes ses opinions ou toutes celles do tous les autres honunes ?... Si les hommes étaient mieux instruits euxrncmes, ils seraient moins sujets à imposer aux autres leurs propres sentiments. » (p. 120 et 127.)
3. Locke avait rédigé en 11 ai'ticles les statuts d'une « Société des clirétiens pacifiques » ; le cinquième article est pour nous des plus inté fessants. Il spécifiait en effet : « Nous tenons pour un devoir strict de tous l'îs chrétiens de conserver l'amour et la charité au milieu do la diversité des opinions contraires. Et, par charité, nous n'entendons pas ici un vain mot, mais luie tolérance et une bonne volonté effectives, portant les hommes à vi\Te entre eux en communion, amitié et mutuelle assistance, aussi bien dans les choses extérieures que dans les choses spirituelles. Cette charité défend donc à tout magistrat de faire, en matière de foi ou de culte, usage de son autorité, et à plus forte raison, de son épée, qui n'a été mise en ses mains que contre les malfaiteurs . »
LE XVir SIÉCLK 309
En cett« fin du XVII® siècle, il y avait cependant en France, malgré les Louvois et les Bossuet, des partisans de la modération, sinon de la tolérance. On pourrait même en distinguer deux groupes : les libres-penseurs et les tolérants proprement dits ; mais, en réalité, il n'y eut qu'un seul homme de cœur pour protester ouvertement contre les persécutions, et apporter à l'appui de sa thèse une argumentation suflSsamment intéressante et détaillée : ce tolérant, au sens strict du mot, ce fut Vauban.
Vauban adressa à Louvois, dès 1079, un Méitvuire oii il conseillait le rappel das protestants. Il disait, en parlant de la révocation de l'édit de Nantes : « Ce projet si pieux, si saint et si juste, dont l'exécution paraissait si possible, loin de produire l'efiFet qu'on en devait attendre, a causé et peut encore causer une infinité de maux très dommageables à l'Etat. » Et ces dommages, il les dénombrait ainsi :
« 1° La désertion de quatre- vingt ou cent miUe personnes de toutes conditions, sorties du royaume, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de l'argent le plus comptant ;
« 2° Nos arts et manufactures particulières, la plupart inconnues aux étrangers, qui attiraient en France un argent très considérable de toutes les contrées d'Europe ;
« 3^ La ruine la plus considérable du commerce ;
« 4° Il a grossi les flottes ennemies de huit à neuf mille matelots les meilleurs du royaume ;
<f Et 5® leurs armées de cinq à six cents officiers et de dix à douze mille soldats beaucoup plus aguerris que les nôtres, comme ils ne l'ont fait que trop voir dans les occasions qui se sont présentées de s'employer contre nous *. ^
1. Vauban, Mémoire pour le rapf}fl den huguetwts, in OiëivtUs de M. de Va/uban, Paria, 1845, t. i« p. 2-3.
:M0 histoire de la TOLÉRANrE RELIGIECSE
Et, passant à un point de vue plus élevé, Vauban ajoutait : « A l'égard des restés dans le royaume, on ne saurait dire s'il y en a eu un seul de véritablement converti, puisque très souvent ceux qu'on a cru l'être le mieux ont déserté et s'en sont aUés. Ce qu'il y a de bien certain est que de tous ceux qui l'ont été par les contraintes,on en voit fort peu qui avouent de rêtre,ni qui soient contents de leur conversion ; bien au contraire, la plupart affolent de paraître plus huguenots qu'ils ne Tétaient avant leur abjuration ; et, si on regarde la chose de près, on trouvera qu'au lieu d'augmenter le nombre des fidèles de ce royaume, la contrainte des conversions n'a produit que des relaps, des impies, des sacrilèges et profanateurs de ce que nous avons de plus saint, et même une très mauvaise édification aux catholiques \ »
Vauban, d'ailleurs, ne se plaçait pas exclusivement à ce point de vue plus ou moins utilitaire. Il osait dire en outre que « les rois sont bien maîtres des vies et des biens de leurs sujets, mais jamais de leurs opinions, parce que les sentiment intérieurs sont hors de leur puissance » ^. Cependant, comme il tenait à ce que son projet aboutît, et comme il lui fallait d'autre part ménager la susceptibiUté si dangereuse de Louvois et du roi,il s'attachait surtout à démontrer les dangers pohtiques de la contrainte, en s'appuyant en particulier sur les conséquences si connues de la Saint-Barthélémy, et en démontrant que persécuter les protestants, c'était les jeter dans les bras du prince d'Orange : ce point de vue de la politique extériem'e lui paraissait singulièrement important, pour ne pas dire décisif \ 11 comprenait d'ailleurs qu'il était bien difficile au gouvernement de se rétracter, mais néanmoins, il jugeait la cho-e indispensable, et proposait un texte de déclaration qui, sans en avoir l'air, rétablirait en
1 . Vauban, Mémoire pour le rappel des hugiwnoUf, in Oisivetàs de M. de Vai^an, Paria, 1845. t. i^'S p. 2-3.