‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 21 sur 293 · Denis, op. cit., p · texte numérisé non relu

Denis, op. cit., p

introduisent de nouveaux dieux j^ortent beaucoup de gens à se soumettre à des lois étrangères >► '. Bayle a fait sur ce point une juste remarque : « La maxime de Mécène, dit-il, était plus judicieuse en ce temps-là qu'elle ne l'est aujourd'hui, parce que, les Romains accordant pleine liberté de conscience à toutes les sectes du paganisme et adoptant souvent les cultes des autres pays, la présomption était qu'un homme qui ne trouvait point son compte dans un culte si étendu et si libre, et qui cherchait des innovations, avait f)our but de se faire chef de parti et de cabaler en matière de politique sous le prétexte du service des dieux *. *

D'ailleurs, les mesures sévères prises par le sénat contre les perturbateurs ne reçurent qu'une application momentanée. L'incrédulité allait chaque jour augmentant, tandis que le culte subsistait et florissait sous forme de cérémonies publiques ; on voyait élever de nombreuses statues aux divinités traditionnelles au moment où la majorité de la population ne croyait même plus aux philosophes.

Enfin, pour citer un exemple particulièrement intéressant de la tolérance romaine, rappelons combien fut libre le développement des sectes juives à Rome. Tandis que les Romains, en Palestine et en Gaule, s'étaient, par nécessité, attaqués à la religion des pays conquis, ils tolérèrent dans la métropole l'exercice des cultes qu'ils proscrivaient dans les pays d'origine.

Ce n'étaient pas là des mesures contradictoires. Comme l'a fait remarquer Condorcet, chez ces nations, « les prêtres étaient les juges de la morale : la vertu consistait dans l'obéissance à la volonté d'un dieu dont ils se disaient les seuls interprètes. Leur empire s'étendait sur l'homme tout entier; le temple se confondait avec la patrie : on était adorateur de Jéhova ou d'Œsus, avant d'être citoyen ou sujet de l'empire, et les prêtres décidaient à quelles lois humaines leur dieu

I Cf. Denis, op. rit., p. 220.

2. Bayle, Commentaire philosophique, p. 355, in Œuvres div., t.. il.

l'antiquité et le christianisme :^d-

permettait d'obéir. Ces religions devaient blesser l'orgueil des maîtres du monde \ »

Combien cette observation est exacte en ce qui concerne le peuple hébreu, nous avons déjà pu l'apprécier : si Titus, lorsqu'il prit Jérusalem, en l'an 70 après Jésus-Christ, se crut en droit de détruire le temple,c'est qu'il comprenait que la religion avait seule fait la grandeurde cette race,qu'elle était à la fois le principe et le but de toute sa politique, et que la ruine de la cité sainte était une condition nécessaire à la dispersion du peuple hébreu. Ce fut donc là une proscription exclusivement politique. Et l'on peut s'expliquer par un raisonnement analogue l'acharnement avec lequel Claude, une trentaine d'années auparavant, avait poursuivi les druides en Gaule, puis en Grande-Bretagne *. Le druidisme était en effet d'origine britannique ; ces théologiens primitifs avaient apporté en Gaule des croyances cependant moins grossières que le « naturalisme » des premiers Gaulois : ils s'étaient bientôt constitués en caste sacerdotale ; leur puissance et leurs richesses s'étaient progressivement accrues, et leur idéal était vraisemblablement d'assurer, par un accord entre les divers chefs politiques et militaires, la constitution d'un pouvoir central dont ils eussent été, sinon les maîtres, du moins les inspirateurs '\ N'est-il pas compréhensible que Rome se soit crue obUgée de ix)ursujvre ses chefs d'une religion nationale, nécessairement hostiles à la domination étrangère ? I^a religion en elle-même n'était donc nullement le véritable motif de ces persécutions.

C'est pourquoi il n'y a rien d'étonnant à ce que les Romains aient toléré la religion juive dans leur cité elle-même. Les Israélites, à partir du IP siècle environ av. J.-C, s'étaient peu à peu détachés du sol natal,et ils avaient fondé de

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