‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 200 sur 293 · I. Cf. ihifl., p · texte numérisé non relu

I. Cf. ihifl., p

*2. /h éd., p 45.

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et LouvoÎB synthétisaient les tendances, il s'était trouvé un homme pour réagir au nom de la nature et de la raison. Molière, ce philosophe au sens le plus large du mot,est pour nous intéressant, non seulement par le rôle que joua son œuvre dans l'évolution de la pensée humaine, mais encore par la persécution sourde éternelle à laquelle il fut en butte jusqu'à l'heure de sa mort.ll n'est pas inutile de faire ressortir le contraste entre cette campagne éhontée de pamphlets et de calomnies, et la critique saine, raisonnée et, somme toute, impartiale de MoUère. Qu'on se rappelle en efiFet les orages soulevés par leTar(w/^e et par Z)a7i</rian, les tentatives incessantes du parti dévot pour circonvenir le roi, les libelles enfin, où l'on s'efforçait, par tous les moyens possibles, de déshonorer le comédien et l'homme, et ceux où des curés de Paris demandaient même le bûcher pour Molière *.

Et pourtant, le seul crime de Molière c'était d'avoir une morale exclusivement humaine; r'était de négliger l'hypothèse Dieu, et au besoin même de combattre les religions par une argumentation et surtout par des exemples singu- Hèrement vigoureux et ironiques ; c'était, en un mot, de respecter,d'aimer et de servir uniquement l'humanité". Comme Rabelais, il hait l'ascétisme ; son ennemie, c'est l'antiphj^sie, mais, plus nettement que son maitrejl place en opposition le christianisme et la nature, et se prononce en faveur de celleci. Il n'a ni l'instinct ni le goût du sacrifice ; il ne lutte pas contre l'égoïsme, mais il y a certainement en ses comédies, si souvent douloureuses ou tragiques, plus de véritable altmismeque dans les exhortations onctueusesd'unFénelon.

Ce côté moralisateur, humanitaire de l'œuvre de Molière était plus original au siècle de Ixmis XIV que l'impiété; les tendances antichrétiennes et plus généralement l'irréligion étaient moins rare*» à cette époque qu'on ne le pourrait

1. Le «ieur «ie Rofheinont (Pierre Rox'Lès). Le Roy ghrietur au monde..., ParU, 1664.

2. Don Juan, malgré les interprétatioiiK Apécieuses de certains oommeiitateurs, est à ce sujet un document des plus significatifs.

croire. « Le dix-septième siècle, dit Sainte-Beuve, considéré selon une certaine perspective, laisse voir Tincrédulît^ dans une tradition directe et inirUerrompîie ; le règne de Louis XIV en est comme miné. La Fronde lui lègue un essaim de libres esprits émancipés, épicuriens ardents et habiles, les Lionne et les Retz; de vrais originaux du don Juan, la Palatine, Condé, et le médecin abbé Bourdelot complotant en petit comité pour brûler un morceau de la vrai croix ; Ninon, Saint-Evremond, Méré, Milton et des Barreaux ; Madame des Houlières, que Bayleapu rattacher par un bout à Spinosa*.* L'irréligion en elle-même, et surtout les petites bravades des libertins ne signifiaient rien au point de v ue de la tolérance; mais, lorsque ces tendances s'alliaient, comme ''rhez Molière, à une philosophie morale, cohérente et détaillée, servie par le génie littéraire le plus séduisant et le plus souple, elles devaient nécessairement exercer sur l'esprit des contemporains une influence favorable aux idées de modération et de tolérance,à tout ce qui est morale naturelle et pratique, indépendante des notions spéculatives.

C'est pourquoi Molière, qui descend en droite ligne de Rabelais, et annonce par certains côtés Voltaire, constitue avec Bayle le véritable trait d'union entre le XVI« siècle et le XVIII«.C'e8t pourquoi aussi le Tartuffe et Don Juan furent des actes de courage et de probité philosophique avant d'être des chefs-d'œuvre.

Mais,somme toute,la tentative de Molièredeva it échouer ; ce qu'il avait prévu, la mainmise du clergé catholique sur un

l. Saintk-Beuve, Port-Boyal, tT éd.. Paris, 1860, t. m, p. 237 — Suinte-Beuve aurait dû ajouter à cette liste le nom de Témule malheureux de Molière, de ce Cyrano de Bergerac, qui fut peut-être le précurseur de Voltaire, dramaturge philosophe. Ne prêtait-il pas en effet, à S'^jan. dans sa Mort d'Agrippine. ces blasphèmes qui font songer aux vers bien connus d'^Œdipe :

Quv sont -ils donc ces dieux 7 Des enfants de Teflroi, De benux riens qu'on adore et sans savoir pourquoi. Des alt4^rés du sang des bétes qu*on assomme» IVii dieux que Thonime fait et qui n'ont pas fait l'homme.

3l(î HISTOIRE I>B LA TiïLERAXrK RKLKilKfSK

monarque vieillissant ne pat être empêchée, et il fallut sans doute à La Bruyère un ooorage plus grand encore pour oser, au lendemain de la Révocation, peindre ^ sur place Onuphre et le courtisan en habit serré et en b(u unie, dévot mms un roi (iéîX}t, et qui serait (Uhée sous un roi athé * ' . Cependant, La Bruyère ne toucha jamais à de trop graves question ; il ne fit que les effleurer en passant : on ne saurait donc le placer à côté de Molière. Et non plus ce La Fontaine, dont la philosophie épicurienne, F universelle et ctilme sympathie semblaient devoir être favorables à la tolérance religieuse ; car celui qui tant de foi^ prêchfi l'altruisme et l'aide mutuelle, celui qui dit aussi quelque part :

11 e8t certain tempérament Que le Maître de la nature Vent que Ton ^arde en tout... i

celui qui enfin osa protester courageusement contre la disgrâce de son ami Fouquet, eut l'inconscience de féliciter à plusieurs reprises le roi quand la révocation de l'édit de Nantes eut été signée '.

Mais les libertins de la fin du siècle, les précurseurs immédiats de Voltaire, Ninon de Lenclos, qui le protégea, dit-on, et la cour d'incrédules dont elle n'entourait jouèrent, involontairement d'ailleurs, un rôle considérable en ce siècle de foi officielle et. de fanatisme instinctif : ils furent les propagateurs inconscients de l'idée de tolérance plus encore que

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