CHAPITRE V
Le XVIIP Siècle.
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KT KN Franck.
Toutes les protestations étouffées au cours du XVII* siècle, toutes les rancunes légitimes que, pendant cinquante années, l'absolutisme et le prestige d'un monarque avaient pu refouler, en France du moins, dans l'esprit des indépendants, toutes ces forces vives, momentanément entravées dans leur essor, rendirent plus terrible et plus décisive la réaction qui suivit la mort de Louii? XIV. Dans ce mouvement d'idées sociales qui, malgré les obstacles et les embûches devait se propager à travers le XVIII® siècle jusqu'à sa conclusion logique, la Révolution, la politique occupait évidemment une place prépondérante. Mais si, pour les questions religieuses,on n'aboutit pas à des résultats pratiques d'une telle importance et d'un caractère aussi définitif, elles n'en furent pas moins au premier plan parmi les préoccupations spéculatives des philosophes et du public à cette époque. Les cruautés des orthodoxes au siècle précédent, l'intol érance de certains des persécutés eux-mêmes,le byzantînisme croissant et la puérilité toujours plus évidente des discussions théologiques, enfin les progrès du rationalisme, tout
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contribuait à affaiblir le sentiment religieux. En France d'ailleurs la dévotion, imposée par Louis XIV, devint d'autant plus odieuse parla suite. Tous ceux que les rigueurs du pouvoir absolu avaient momentanément dispersés dans l'Europe septentrionale, les Bayle et les Saint-Evremond avaient importé en ces pays d'adoption leur philosophie épicurienne et sceptique, leurs idées de modération et de tolérance. C'est pourquoi, si l'on s'en fiait aux apparences, il pourrait sembler que ces nations aient connu la liberté de conscience avant celle-là même où le principe avait trouvé ses premiers défenseurs. Cependant, il y a dans cette manière de voir une bonne part d'illusion. Ce qui du moins est exact, c'est que la politique se « sécularisa » * plus tôt dans une certaine partie de l'Europe qu'en France, où cependant on venait chercher le motd' ordre philosophique. En Allemagne, en Russie, les penseurs français trouvaient une plus grande liberté de parole qu'en leur pays, et, si les souverains, pour qui le « despotisme éclairé » était le summum du libéralisme, se contentaient de faire la sourde oreille à leurs revendications politiques, ils acceptaient par contre de mettre à l'essai leurs doctrines en matière économique, et commençaient à se demander si la campagne contre l'idée religieuse ne leur serait pas d'un concours utile lorsqu'il s'agirait de secouer une tutelle parfois gênante.
Si le nom des jésuites n'avait été lié à plus d'une manifestation d'intolérancQ, les mesures prises contre eux au XVII1« siècle n'auraient pour nous aucun intérêt. Lorsque Choiseul les fit expulser de Franee,«la joie fut aussi universelle que la haine », dit Voltaire, qui cependant fut toujours assez indulgent pour ses anciens maîtres. « On se souvenait de leurs persécutions; et eux-mêmes avouèrent que le public les lapidait avec les pierres de Port-Royal qu'ils
1. « La philosophie du XVIII' siècle, en prêchant la tolérance et on rejetant la religion, sécularisait la politique. » (Lavisse,!'»*? génirnle de V Histoire politique de V Europe, Paris, 1890, p. IB»)
LK XVIir SIÈCLE «^21
avaient détruit sous Louis XIV '. » Le marquis de Pombal, à Lisbonne, et le comte d'Aranda, en Espagne, furent moins modérés encore que le gouvernement français ; mais c'étaient là de leur part des mesures politiques, et non un commencement de lutte contre le fanatisme.
Pourtant, à la même époque, les souverains de l'Europe oientrale et septentrionale commençaient à mettre en pratique les théories des philosophes français. Toutefois, il faut noter que la plupart de leurs réformes, et principalement celles qui eurent pour objet l'extension de la liberté de conscience, ne furent décidées qu'à partir de 1670 environ,c'està-dire au moment où la campagne de Voltaire en faveur de la tolérance assurait déjà virtuellement le triomphe du principe. D'autre part, certains parmi les souverains se contentaient d'accorder une liberté plus étendue à la presse, c'està-dire à la pensée en général, sans prendre aucune mesure spéciale au point de vue religieux. Ce fut le cas de Gustave III en Suède et de Christian VII en Danemark. A ce dernier, Voltaire, pour qui tout était une occasion de propagande, adressa une épître où il le félicitait avec enthousiasme, mais démontrait aussi que tous les rois du monde ne pourraient empêcher le succès d'un livre, s'il était bon, et que d'ailleurs l'usage du privilège était un abus d'autant plus odieux , que les écrivains sont naturellement avides d'indépendance :
Le ParntiHHe ne veut ni tyrans ni bigots :
C'est une république éternelle (*t suprême Qui n'admet d'autre loi que la loi de Tliélème -.
Un autre souverain, l'empereur d'Autriche, Joseph 11, fut considéré par les philosophes du XVIII^ siècle comme un des vérité blés fondateurs de la tolérance. En effet, le fils de Marie-Thérèse, non content de réorganiser son empire selon des idées pratiques et humanitaires, déclara franchement