Cf. Voi^iAiBE, Epitre CIX (au roi de Danemark
la lutte au fanatisme : il n'en fallut pas plus pour que ses ennemis (et d'ailleurs la plupart des historiens de nos jours) en vinssent à déclarer qu'il s'attaqua plus ou moins ouvertement au christianisme. A vrai dire, il publia, en 1781 , son célèbre édit de tolérance qui accordait la liberté de culte aux grecs et aux protestants ; en même temps, il admit les juifs dans les écoles publiques, autorisa une nouvelle traduction allemande de la Bible, chercha k rendre le clergé autrichien aussi indépendant que possible de la domination romaine, eut l'audace de déclarer que <r les principes du monachisme sont en contradiction avec laraison humaine», et ferma d'un seul coup six cents monastères ; mais il reçut correctement le pape lorsque celui-ci vint protester à Vienne même contre cette politique indépendante. On affirme bien, il est vrai, qu'à propos d'une secte de théistes qui s'était fondée en Bohême, il rédigea l'ordonnance suivante : « Si un homme ou une femme vient se faire inscrire comme déiste à la chancellerie du cercle, il faut lui administrer immédiatement vingt-quatre coups de bâton, non pas parce qu'il est déiste, mais parce qu'il prétend être quelque chose qu'il ne comprend pas. » C'était une mauvaise raison, mais une remarque exacte et non moins spirituelle, à coup sûr, que la fameuse épigramme par laquelle on lui répondit :
TolI(»ndo8 toleraiLs, toleraiidos, Aiistria. tollis ; Sic, toUons, tc)leran«, intoleranda facis •.
Somme toute, Joseph II en Autriche, comme son frère Léopold en Toscane, avait fait pour la tolérance tout ce que pouvait faire un despote, même * éclairé ». Mais, sur ce terrain et dans des limitas analogues,la palme lui était disputée par (^atherine II et Frédéric le Grand.
Catherine II, pour sa part, ne se contenta pas d'introduire la tolérance dans le code qu'elle imp>osa à la Pologne
1. Cf. SciRKL, V Europe et la Hét'oltaion /mnçai^\ P«mh, Pl'»n, t. f^, p. 119 sq.
LE \y\W SIÈCLE 323
(ce dont Voltaire la félicita maladroitement ' , sans se demander jusqu'à quel point l'intervention de l'impératrice en ce pays était légitime). Mais, en outre, dans les instructions qu'elle donna en 1766 à la commission qu'elle avait chargée de rédiger un code,la condamnation de l'intolérance, des supplices cruels en général,etdes persécutions religieuses en particulier, occupait une place prépondérante. Catherine ne fut pas plus tendre que Joseph II pour les couvents, mais elle usa d'une grande modération à l'égard des cultes dissidents, puisqu'elle autorisa les Tartares à relever leurs mosquées et, d'autre part, les jésuites à acheter un droit de résidence.
Quant à Frédéric II, comme il fut l'ami de Voltaire, il mérite que l'on recherche quel fut en réalité son rôle dans la propagation des idées de tolérance. CertcH, on ne peut se fier sans contrôle au courtisan Voltaire lorsqu'il affirme :
... ({ue le inusiilman, le |)aïon, Le quakre et le luthérien.
L'enfant de (îenève et de Rome, Chez lui tout est reçu si bien 2...
Il ne faut pas non plus se méprendre sursonenthousiasine. lorsqu'il laisse entendre qu** Frédéric ent tolérant h un point tel qu'il a tout à redouter des fanatiques *. D'autre part, il est assez vraisemblable que le roi He Prusso, s'il accueillit les iésuites, le fit surtout par politique et trouva eu eux d'habiles pédagogues, suffisamment soumis à sa discipline.
1. Cf. VOLTAIRK, Strmon de Haie et Frniftmnt mir r histoire. 'J. VovTAinK, EpU)' LXXIÏ (t^u canlinal Ouirini). 3. O C^el, veillez sur lui. 8i vous ai rue? la terrr- :
Ecart€>z loin de lui le a foudres do In guerre ;
MaÎR érart«z sui*tout le» poifn^iards des dôvots.
Que le fou Lo.vola df'^fende k Res .suppôts
D'iiuiter suintenieut. dans les champs ^orinauiiiuet*.
I>e8 Châtel. des Clt^nient les forfaits catholiques.
Je connais trop l' Eglise et nés saintes fureurs.
Je ne crains point les rois, je crains les directeurs.
{Epitre Lly au roi de Prusse.)
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de même que les réfugiés protestants avaient fourm au pays qui les adoptait des commerçants expérimentés, des savants et des artistes de haute valeur. Enfin, on peut souscrire également à cette affirmation : « La tolérance de Frédéric ne procédait ni du respect de la conscience ni de l'amour de la liberté ; elle était fille du scepticisme et de l'indifférence morale '. )^ Il n'en reste pas moins vrai qu'il donna à ses sujets la liberté religieuse et une liberté de penser très étendue, sauf toutefois en ce qui concerne les questions politiques. On peut rappeler la lettre où il répondait à Dalembert, qui, au nom de la famille Loyseau de Mauléon, lui avait réclamé quelque mesure d'intimidation à l'égard d'un journaliste d'outre-Rhin, qui avait parlé peu respectueusement de l'avocat des Calas. « Pour le gazetier du Bas Rhin, répondait Frédéric à cette requête, la famille de Mauléon trouvera bon qu'il ne soit point inquiété, vu que, sans la liberté d'écrire, les esprits restent dans les ténèbres, et que tous les encyclopédistes (dont je suis le disciple zélé),en se récriant contre toute censure, insistent sur ce que la presse soit libre et que chacun puisse écrire ce que lui dicte sa façon de penser *. » On sait aussi que Wolff, exilé de Halle pour athéisme par Frédéric-Ouillaume l^^, fut rappelé et nommé chancelier de cette université par Frédéric II dès son avènement, ce qui fut toujours, aux yeux de Voltaire, un de ses plus grands titres de gloire \
Toutes ces réformes, qui ne furent réaUsées que dans la seconde moitié du XYIII* siècle, avaient néanmoins été conçues par les souverains dès avant 1750 ; car, chez aucun d'eux, il n'y eut une évolution mentale appréciable. C'est pourquoi il nous semble que ce demi-libéralisme, cette tolérance en matière religieuse, accompagnée de la plus absolue intolérance en matière politique, constituait l'opinion de la majo-