VoLTAiiUB, Epître C
LE XVIir SIÈCLE 327
Cet obscurantisme, contre lequel luttaient, mais souvent en vam, les amis des philosophes, indique par lui-même quelle devait être à cette époque Tintolérance religieuse.En Espagne et en Portugal, elle était toujours entretenue par rinquLsition ; celle-ci cependant perdit un grand nombre de ses partisans les plus convaincus pour avoir maladroitement joué un rôle trop actif dans la condamnation du jésuite Malagrida ; néanmoins elle était encore puissante, et il est probable que le clergé français, tout gallican qu'il fût, aurait été favorable au rétablissement de ce sage tribunal, qui l'eût promptement débarrassé de ses ennemis les plus dangereux, jansénistes, parlementaires ou philosophes ' .
Voltaire, dans son poème sur la Loi naturelle, a dit combien fictive et incomplète était, en somme, la tolérance dans cette première moitié du XVIII* siècle :
Eafin, grâce en nos jours à la philosophie,
Qui do l'Europe au moins éclaire une partie,
Les mortels» plus instruits» en sont moins inhumains ;
Le fer est émoassé, les bûchers sont éteints.
Mais, si le fanatisme était encore le maître.
Que ces feux étouffés seraient prompts à renaître ' !
La situation était même plus grave que ne le pensait Voltaire en 1756, et la cessation des supplices n'était pas aussi définitive qu'il le préjugeait.
Les juifs, pour leur propre compte, n'étaient pas mieux traités qu'aux âges précédents, si ce n'est toutefois par l'empereur d'Autriche. En Angleterre, où ils avaient payé fort cher un acte de naturalisation, l'animosité populaire était telle contre eux, qu'ils furent obligés, en 1553, de demander la révocation de cet acte ^.
1. « Une inquisition ! Ah ! 8*il y en avait une en Franco» vous seriez iiTi peu plus contenus, vous autres impies ! mais je n*en désespc^ra pas... i> Voltaire, Dialogues chrétiens, II (entre im prôtre et im encyclopédiste).