‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 206 sur 293 · Voltaire, La loi naturelle^ IV' p · texte numérisé non relu

Voltaire, La loi naturelle^ IV' p

3. Cf. d' Aroenson, Mémoires, t. viii, Paris, 186«. p. 133-34.

Quant aux protestants frança>i8,après avoir eu sous la régence un moment d'espoir *,car le libertinage conduisait indirectement les classes dirigeantes à la tolérance, ils furent de nouveau en butte à une persécution non moins odieuse que celle dont ils avaient souffert à la fin du XVII*^ siècle, et qui, d'ailleurs, dura jusqu'à l'avènement de Louis XVI. Depuis 1686, les nouveaux convertis qui refusaient l'extrême-onction étaient envoyés aux galères comme relaps s'ils venaient à guérir, et, s'ils mouraient, leurs biens étaient confisqués et leur cadavre était jeté à la voirie *. L'année même de sa mort, Louis XIV, persuadé par son entourage qu'il ne restait plus de protestants en France, publia une ordonnance « qui généralisait cette pénalité cruelle, et retendait, non seulement aux nouveaux convertis, mais à tous ceux qui refusaient les sacrements ». Cette déclaration, du 8 mars 1715. fut renouvelée en 1742, et eut force de loi sous les règnes de Louis XV et même de Louis XVI. « Sous Louis XV particulièrement, dit J, Simon, tout acte de protestantisme était considéré comme une apostasie, et puni des galères perpétuelles. Jamais les édits concernant la religion ne donnaient aux protestants les plus avérés que le nom de nouveaux convertis. En 1750, ime ordonnance prescrivit que tout nouveau converti qui assisterait au prêche fût puni des galères. La même année, on décréta contre les prédicants la peine de mort, et plusieurs furent exécutés en Languedoc. La persécution fut poussée si loin dans le diocèse d'Alaiî: qu'on fut obligé d'y envoyer des troupes, et que les protestants émigrèrent par bandes considérables. Le soin de faire exécuter la loi contre les nouveaux convertis fut confié aux commandants et aux intendants de province, ce qui ôtait la garantie des tribunaux. De 1715 à 1775, une ordonnance renouvelée de trois ans en trois ans, défendit aux nouveaux

L Srtint-Sinion se vaiiti» lui môme d'avoir empêché le Régent de rétablir ledit de Nantes. — C:. Mémoires oh. CDXLIV. 2. Ordonnance du 29 avril U)S(>.

convertis d'aliéner leurs biens sans permission. L'Eglise et Ja magistrature ne cessaient d'insister sur l'exécution rigoureuse de tous ces édits. On pouvait être impie et libertin impunément, mais on ne pouvait être huguenot. Comme la loi ne reconnaissait que les mariages célébrés à l'Eglise et devant le curé, les protestants qui, par scrupule de conscience, s'abstenaient de faire bénir leur union étaient censés vivre en concubinage ; leurs enfants étaient bâtards et n'avaient point de droit à l'héritage paternel*. »

L'histoire des « pasteurs du désert » occupe une place importante dans les archives de l'intolérance; mais il nous suffira de la mentionner pour montrer à quel point il y avait contradiction, dans la première moitié de ce siècle, entre le.^ théories et la pratique.

Toutefois, avant d'examiner comment les philosophes entreprirent et menèrent à bien la lutte contre ces abus séculaires, peut-être ne sera-t-il pas inutile d'étudier le conflit entre des notions contradictoires et l'évolution lente mais réelle des idées chez l'un des esprits les plus équitables et les plus modérés de l'époque, le marquis d'Argenson.

D'Argenson avait été ministre des affaires étrangères d2 1744 à 1747; en outre, ses relations avec Voltaire et la plupart des philosophes et hommes politiques de son temps en font un des personnages les plus représentatifs de cette première moitié du XV!!!*^ siècle. Comme nous l'avons vu, il était hostile aux jésuites,que soutenait son frère, le comte d'Argenson, ministre de la guerre. Dès 1752, il semble s'inquiéter des conséquences que peut avoir l'intolérance à l'égard des réformés. Il écrit, par exemple, au mois d'avril : 4 Le Roi, imbu de quelques maximes d' histoire que lui a soufflées le cardinal de Fleury, croit que les progrès du calvinisme en France viennent de la négligence de François I" et d'Henri II à le réprimer dansles commencements. Il veut •se corriger sur cet exemple ; il prétend être ferme, mais

L J. Simon, op. cit.j p. lôô-O.

ceux qui le poussent en abusent et le portent aux excès les plus dangereux. Ainsi, le roi, après avoir donné la paix au dehors par sa modération, ne peut que faire une guerre fâcheuse au dedans par l'ambition et la coupable intrigue de ce qui l'entoure, de ses favoris qu'il n'aime point, et de ses ministres, qu'il estime peu ^ » Plus tard, il s'inquiète de la rigueur des intendants, à qui l'on avait eu le tort de laisser pleins pouvoirs, et se lamente sur l'émigration toujours plus considérable que signalaient les gazettes étrangères, et qui provoquée par les persécutions et l'impôt du vingtième en nature, était aussi déplorable au point de vue économique que le mouvement identique suscité par la Révocation *.

Mais il ne faudrait pas se hâter de conclure que d'Argenson fût dès lors, et en dehors de ce point de vue étroitement utilitaire, un tolérant au sens large du mot. Voici en effet la véritable profession de foi qu'on trouve dans ses Mémoires à la date du 18 octobre 1752 : « La résistance continue dans le Languedoc, et les assemblées touchant le calvinisme deviennent plus fréquentes. Aujourd'hui, le gouvernement n'ose plus toucher à rien,qu'il ne trouve d'abord cette fatale résistance, qui va fonder bientôt une anarchie universelle. On est embarrassé de quantité de mariages non légitimes qui se trouvent parmi les protestants dès que l'on veut faire valoir les lois anciennes.Ces enfants, déclarés bâtards par les tribunaux, se plaignent,et ces plaintes en multitude étonnent dans un temps où tout se démarche.Pour moi, je continuerai à suivre en cela la loi du feu roi pour révoquer l'édit de Nantes. On ne doit aux hérétiques que la liberté et l'éducation, mais non les biens ni les privilèges d'une naissance honorable ; qu'ils s'en passent donc,8i d'anciennes lois auxquelles on est tout accoutumé depuis soi-

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