‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 210 sur 293 · Jbid., p. 280-1 (9 mai · texte numérisé non relu

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et l'on s'élève contre toutes les persécutions commises au nom de la religion, et l'on prêche la tolérance, ou plutôt on revendique la liberté de penser. On travaille de toutes parts à émanciper l'esprit humain *. »

Le XVIII* siècle, en effet, voulut accomplir l'œuvre esquissée par le XVI* ; il acheva l'émancipation psychologique des esprits, et c'est pourquoi sa littérature fut philosophique ; mais cette littérature de combat fut encore plus nettement militante lorsqu'elle s'attaqua aux abus, à ce ♦ double joug que l'Eglise et l'Etat, fraternellement unis, imposaient aux intelligences * '. En somme, les deux grandes différences entre le XVI* et le XVIIP siècle furent que celuî-ci substitua l'étude de la sociologie aux controverses théologiques et à l'exposition de doctrines simplement morales et qu'il obtint dans la pratique des résultats définitifs.

Cependant, il nous semble p>ossible d'établir quelques distinctions entre les différents acteurs de cette lutte philosophique. D'abord, nous mettrons à part Voltaire, car son rôle dans l'avènement de la tolérance est assez considérable pour qu'il soit nécessaire d'étudier en détail ses idées et son influence à ce point de vue. Mais en outre, et bien que, chez les écrivains de l'époque, morale et politique soient toujours restées assez étroitement unies, il nous semble possible de distinguer d'une part les véritables sociologues, c'està-dire, pour ce quinous occupe, Montesquieu, J,-J. Rousseau et Turgot, et d'autre part les moralistes ou philosophes en un sens plus large et plus imprécis, c'est-à-dire Fontenelle, Vauvenargues, Diderot et lès Encyclopédistes, Dalembert et enfin l'école matérialiste : c'est par le second groupe que nous commencerons, car, sauf Diderot et son œuvre, ils n'exercèrent pour lajplupart]qu'une influence secondaire.

gl. J. Babni, Hiêt, des idées morales et pohtiçues au XVIII^ siècle, Paris, 1866, t. i*', Introduct., p. 11.

2. Cf. G. Renard, Critique de combat, l*» série, Paris, 1894, p. 317 — Vie de Voltaire, Paris. 1883, p. 113.

Fontenelle, bien qu'il appartienne par une moitié de sa vie au XVII<^ siècle, est bien, par la pensée, un homme du XVIIP. Comme son Histoire des oracles est de 1687, date singulièrement significative, il doit être considéré comme un précurseur des philosophes. On peut même se demander comment le sceptique, le prudent Fontenelle osa, au lendemain de la Révocation, publier cette œuvre d'un scepticisme hardi, moins agressif et méthodique, il est vrai, que celui professé à la même époque par Bay le, mais plus insinuant,et pa * suite plus dangereux. Voltaire * nous apprend en effet que Fontenelle, ayant publié en 1686, dans les Nouvelles de la Répvbliqne des Lettres, une allégorie peu voilée sur Méro et Enégu (Rome et Genève), où il maltraitait passablement rorthodoxie,8'inquiéta des conséquences possibles de cette fantaisie, et s'empressa d'écrire une pièce de vers à la louange de la Révocation et des jésuites'. Ceux-ci ne manquèrent pas d'ail eur4, l'année suivante, lorsqu'il eut pubié son livre où il raillait toute crédulité, et, sous prétexte d'oracles antiques, démontrait l'absurdité des miracles et s'attaquait ouvertement à Tidée chrétienne, de dénoncer l'impiété fondamentale qui se manifestait en cet ouvrage. Mais, malgré tous les efforts de son confesseur, le roi ne consentit pas à faie incarcérer Fontenelle, que protégeait le lieutenant de police d'Argenson. Fontenelle vécut assez vieux pour voir tout le parti que tirèrent ses successeurs des arguments nouveaux qu'il leur avait app>ortés : autant peut-être que Bayle il avait par sa méthode annoncé Voltaire.

Vauvenargues mourut avant l'heure où la lutte se généralisa ; d'autre part, son œuvre est d'un moraliste, et par là il semblerait plutôt appartenir au siècle précédent, si toutefois, à chaque instant, il ne manifestait un amour de l'humanité ' tel que seuls Molière et La Fontaine l'avaient

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