Voltaire, Lettres sur Rabelais..., etc., 1. Vil
2. Cf. Le triomphe de la reli'jion sous Louis le Grand, cher. Langlois, Paris, 1687.
3. « \a*a honuues, mon cher Saiat-VincenB, ne font qu'une société»
connu au temps de Louis XIV. Mais par là précisément il devait, avec une formule d'ailleurs assez vague, donner lui aussi son appui à la campagne en faveur de la tolérance. Il disait, par exemple: « Est-ce une nécessité aux législateurs d'être sévères ? C'est une question débattue, ancienne et très contestable, puisque de puissantes nations ont fleuri sous des lois très douces ; mais on n'a jamais mis en doute que la tolérance fût un devoir pour les particuliers.... Qui peut s'arroger le droitde soumettre les autres hommes à son tribunal ? Qui peut-être assez impudent pour croire qu'il n'a pas besoin de l'indulgence qu'il refuse aux autres M » Il écrivait aussi au marquis de Mirabeau : « Il me semble que la dureté et la sévérité ne sauraient convenir aux hommes, en quelque état qu'ils se trouvent : c'est un défaut odieux que d'être vicieux et sévère en même temps ; nul esprit n'est si corrompu que je ne le préfère, avec beaucoup de joie, au mérite dur et rigide ^. »
On voit que Vauvenargues, en étudiant les moralistes du XVIP siècle, n'avait apprécié que leur méthode, et, par contre, avait ressenti « un vif éloignement pour cette dure sévérité que les écrivains du grand siècle ont montrée à l'égard de la nature humaine j> ^. C'est pourquoi, par l'analyse psychologique, il arriva aux mêmes conclusions que les sociologues; sans être irréligieux ou épicurien, il était d'ailleurs incrédule;et, plus ou moins consciemment, il sécularisa la morale. <' Laraison,disait-il,nous trompe plus souventque la nature,»
On ne peut, il est vrai, porter un jugement définitif sur un philosophe qui mourut à trente ans ; ce qui est certain,
runivera toutentier n'est qu'un tout j il n'y a dans toute la nature qu'une .seule âme, un seul corps : celui qui se retranche de ce corps fait périr la vie en lui ; il se sèche, il se consume dans une affreuse langueur, il est di^rno de compassion. » {Lettre à Saint- Vincens, du 30 novembre 1740.)
1. Vauvenargues, Réflexiona sur divers sujets, 38, in Œuv. compi., Paris, 1857.