Lettre du 13 mars
3. Cf. Prêvost-Paradol, Etude sur les moralistes français, 8^ éd., Paris. 1895, p. 223.
LE XVIir SIÈCLE 337
c'est qu'il n'eut une influence sensible que sur ses amis, et en particulier Mirabeau et Voltaire. On connaît la page émue que ce dernier lui consacra, et qui fait songer r.ux paroles de Montaigne sur la mort de La Boëtie.Les pensées que cit^ Voltaire sont bien caractéristiques, et en particulier les deux que voici : «Ce qui n'offense pas la société n'est pas du ressort de la justice. — Quiconque est plus sévère que les loi ^ est un tyran * . »
La formule de Vauvenargues, en ce qui concerne la tolérance, annonçait d'ailleurs le principe général sur lequel s'ap • puya Romilli le fils dans son article de V Encyclopédie *. Il disait en effet, avec bonhomie : « J'entre en matière par une réflexion très simple, et cependant bien favorable à la tolérance : c'est que, la raison humaine n'ayant pas une mesure précise et déterminée,ce qui est évident pour l'un est souvent obscur pour l'autre ; sachons du moins nous rapprocher et nous unir par les principes universels de la tolérance et de l'humanité, puisque nos sentiments nous partagent et que nous ne pouvons être unanimes ^ » Puis il abordait une démonstration où il totalisait les arguments les plus courants en faveur de la tolérance, mais qui cependant semblait particulièrement conforme aux théories de Locke et de Montesquieu. Il insistait, en effet, sur la tolérance indispensable entre l'Eglise et l'Etat, entre le prêtre et le magistrats et faisait remarquer aussi que le sujet ne peut nullement être contraint à adopter les opinions de son souverain"'. Cependant, comme la plupart de ses prédécesseurs l'encyclopédiste admettait une exception défavorable à l'athéisme ; il disait en effet : « Les souverains ne doivent point tolérer les dogmes qui sont opposés à la société civile
1. Cf. Voltaire, Elofje funèbre des officiers morts dans la guerre d< 1741(1748).
2. Kll. Dictionnaire encyclopédique, Noiifliàtol, 170."), t. xvi, p. 390-5.