‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 215 sur 293 · Voltaire, Lettrée êur Rabelais..., 1. VIII · texte numérisé non relu

Voltaire, Lettrée êur Rabelais..., 1. VIII

fondateurs de V Encyclopédie, entre Diderot et Dalembert. Celui-ci, en eflfet, qui se révéla fréquemment comme un adversaire convaincu de l'intolérance comme du despotisme, exagéra tantôt le fanatisme irréligieux, tantôt les protestations de respect à l'égard des religions ' . Si Ton ajoute à ceci qu'il n'admettait pas la liberté d'écrire,comme nous avons pu le voir par sa requête à Frédéric II, on reconnaîtra qu'il livrait,ensomme,«la liberté dépenser à l'arbitraire du gou» vernement * '.

Diderot,au contraire,qui seul peut-être synthétisa toutes les tendances du XVIII® siècle, fut un véritable et zélé partisan de la liberté de consciece. Il ne faut pas s'en étonner, car Diderot avait tout ce qu'il faut pour faire un véritable tolérant: intelligence, bonté et universelle sympathie. Mais, quelle que soit sur ce point l'importance de son œuvre personnelle, on doit s'en tenir surtout à Y Encyclopédie pour déterminer quelle fut son influence; car beaucoup de ses écrits ne parurent qu'après sa mort, et d'autre part, cet esprit éminemment critique traita rarement de la tolérance à un point de vue dogmatique : le plus souvent, son enseignement est indirect •^ et parfois aussi, les passages les plus intéressants à ce sujet se trouvent dans sa correspondance ♦. Si d'ailleurs son argumentation n'était pas nouvelle, elle lui servait du moins à démontrer la cruauté illégale, c*est-à-dire l'immoralité de ces religions qui voudraient fonder la morale, et lui fournissaient, avant qu'il devînt panthéiste matérialiste, un nouvel argument en faveur de la religion naturelle, la seule qui fût humaine dans son essence '^.

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LE XVIir SIÈCLE 341

Les matérialistes, eux aussi, contribuèrent, tant par leurs théories générales que par leurs critiques particulières, au triomphe des idées de tolérance, et c'est là ce que Voltaire aurait dû reconnaître, au lieu de s'évertuer à les combattre au nom de son théisme falot. Helvétius, en particulier, qui fondait la morale sur une conciliation entre l'intérêt personnel et l'intérêt général*, posait ainsi un principe de modération, de 4t tolérantisme », qui devait naturellement s'étendre aux questions religieuses. Il revendiqua d'ailleurs la liberté de la presse, et resta toujours juste et mesuré dans ses attaques contre l'intolérance religieuse '. Ceci tendrait à prouver que, si le matérialisme est non moins hypothétique que les autres dogmes métaphysiques ou religieux, du moins le fanatisme lui reste toujours inconnu, de même qu'aux doctrines sceptiques.

Ces dernières, d'ailleurs, trouvèrent sans doute de nombreux partisans au cours du X VIII" 8iècle,bien que le déisme fît fureur et que le matérialisme devînt à la mode. On pourrait citer en particulier Fréret ', le secrétaire perpétuel de l'Académie des Belles-Lettres, et le président de Brosses, érudit et indépendant qui collaborait kV Encyclopfdip. : c'étaient là, en effet, des disciples de Fontenelle. Plus tard, lorsque les partisans de la tolérance auront déjà remporté le demitriomphe auquel devait se borner leur ambition, et tandis ([u'en Italie Alfieri s'a ttaquera à toutes les tyrannies*. Volney viendra encore opposer les unes aux autres les affirmations contradictoires des religions, montrera que le doute et l'indifférence sont nécessaires « pour vivre en concorde et en l)aix », et ne craindra pfts d'affirmer que « l'esprit de doute

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