fd„ liv. XII, ch. IV. in t. r^ p
LE XVm* SIÈCLE 347
extrêmement choquer la liberté,et être la source d'une infinité de tyrannies, si le législateur ne sait la borner '. » Mais, adoptant le système de la religion dominante, Montesquieu ne pourrait réclamer logiquement la liberté de conscience comme un droit naturel et imprescriptible ; il se contente d'une tolérance assez arbitraire.«Lorsque les lois d'un Etat, dit-il, ont cru devoir souffrir plusieurs religions, il faut qu'elles les obligent aussi à se tolérer entre elles. C'est un principe que toute religion qui est réprimée devient elle-même réprimante ; car, sitôt que, par quelque hasard, elle peut sortir de l'oppression, elle attaque la religion qui l'a réprimée, non pas comme une religion,maiscomme une tyrannie . Il est donc utile que les lois exigent de ces diverses religions, non seulement qu'elles ne troublent pas l'Etat, mais aussi qu'elles ne se troublent pas entre elles. Un citoyen ne satisfait point aux lois en se contentant de ne pas agiter le corps de l'Etat ; il faut encore qu'il ne trouble pas quelque citoyen que ce soit... Comme il n'y a guère que les religions intolérantes qui aient un grand zèle pour s'établir ailleurs, parce qu'une religion qui peut tolérer les autres ne songe guère à sa propagation, ce sera une très bonne loi civile, lorsque l'Etat est satisfait de la religion déjà établie, de ne point souffrir l'établisse* ment d'une autre. Voici donc le principe fondamental des lois politiques en fait de religion. Quant on est maître de recevoir dans un Etat une nouvelle religion, ou de ne la pas recevoir, il ne faut pas l'y établir ; quand elle y est établie, il faut la tolérer *.
Encore trouvait-on ceci trop grave, et lui adressait-on à ce sujet des reproches indignés; mais il ripostait habilement : « On dit : c'est comme si vous alliez dire aux rois d'Orient qu'il ne faut pas qu'ils reçoivent chez eux la religion chrétienne. C'est être bien charnel que de parler ainsi.