‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 222 sur 293 · Ibid,, liv, XXV, oh. IX. in t. it, p. UO-L · texte numérisé non relu

Ibid,, liv, XXV, oh. IX. in t. it, p. UO-L

Etait-ce donc Hérode qui devait être le Messie? Il semble qu'on regarde Jésus-Christ comme un roi qui, voulant conquérir un état voisin, cache ses pratiques et ses intelligences. Rendons-nous justice : la manière dont nous nous conduisons dans les affaires humaines est-elle assez pure, pour penser à l'employer à la conversion des peuples ' ? »

Enfin,pour justifier encore cette simple tolérance, on aurait pu trouver dans les Lettres pe7 sanes un passage très curieux, où Montesquieu démontre les avantages de la multiplicité des religions. « On remarque, dit-il, que ceux qui vivent dans des religions tolérées se rendent ordinairement plus utiles à leur patrie que ceux qui vivent dans la religion dominante, parce qu'éloignés des honneurs, ne pouvant se distinguer que par leur opulenceet leurs richesses ils sontportés à en acquérir par leur trav^.il et à embrasser les emplois de la société les plus pénibles. D'ailleurs, comme toutes les religions contiennent des préceptes utiles à la société, il est bon qu'elles soient observées avec zèle. Or qu'y a-t-il de plus capable d'animer ce zèle que leur multiplicité? Ce sont des rivales qui ne se pardonnent rien. La jalousie descend jusqu'aux particuliers; chacun m tient sur ses gardes et craint de faire des choses qui déshonoreraient son parti, et l'exposeraient au mépris et aux censures impardonnables du parti contraire. Aussi, a-t-on toujours remarqué qu'une secte nouvelle, introduite dans un état, était le moyen le plus sûr pour corriger tous les abus de l'ancienne ^. »

Ce passage est même assez hardi ; car, sous prétexte de parler de l'intolérance entre musulmans, l'auteur ne craint pas de faire dire à Usbek : « Il ne restait à la dévotion qu'un second coup à faire : c'était de ruiner rindustrie,moyennant quoi l'empire tombait de lui-même, et avec lui, par une suite nécessaire, cette même religion qu'on voulait rendre

1. Montesquieu, Défense de Veaprit des lois, 11= p., < Tolérance », in t. II, p. 434.

2. Montesquieu, Lettres persanes, let. LXXXV,in t. in, p. 168.

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si florissante*.» Critique de la Révocation, assez voisine, semble-t-il, de la pensée de Vauban.

Mais la position de J. -J. Rousseau dans ce débat est plus spéciale encore et plus inattendue peut-être quecel'e adoptée par Montesquieu.

Jean- Jacques, lui aussi, fit campagne contre l'intolérance et la superstition. Tout en déclarant que « la religion est utile et même nécessaire aux peuples »,il dira,par exemple : « La superstition est le plus terrible fléau du genre humain ; elle abrutit les simples, elle persécute les sages,elle enchaîne les nations; elle fait partout cent maux effroyables: quel bien fait-elle ? Aucun ; si elle en fait, c'est aux tyrans : elle est leur arme la plus terrible ,et cela même est le plus grand mal qu'elle ait jamais fait . »I1 montre aussi comment l'intolérance naquit de ce dogme mal interprété : « Il faut croire en Dieu pour être sauvé 3, » D'ailleurs, Rousseau approuve parfaitement Bayle d'avoir démontré que le fanatisme est plus pernicieux que l'athéisme. Mais il se hâte d'ajouter que ceci n'est vrai que si l'on s'en tient aux conséquences immédiates, car, à la longue l'irréligion, qui n'est pas sanguinaire et cruelle, mais bien négative et immorale,«sape à petit bruit tous les fondements de la société ». « Si, dit-il, l'athémie ne fait pas verser le sang des hommes, c'est moins par

amour pour la paix que par indifférence pour le bien

L'indifférence philosophique ressemble à la tranquillité de l'Etat sous le despotisme : c'est la tranquillité de la mort ; elle est plus destructive que la guerre même *. »

On voit déjà par là quelle devait être la mesure du libéralisme de Rousseau. Essentiellement calviniste, le philosophe de Genève, par instinct et par raisonnement, et malgré son amour profond de l'humanité, devait toujours en

L Ibid., p. 157-8.

2. J.-J. T^VBSKAV^LeUreê écrites de la montaf^nejet. 1, in O. CPari^, 1837, t. m, p. 9.

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