Ibid., p
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qui n'était encore en lui qu'instinctif et irraisonné. Il connut les Lettres sur la tolérance, et l'on se rend facilement compte de ce qu'il leur doit. D'ailleurs, pendant qu'il était à Londres, et à l'occasion d'une édition de la Henriade, il écrivit en anglais un Essai sur les guerres civiles de France, qui reprenait en prose le côté véritablement historique du poème, et annonçait déjà V Essai sur les mœurs. Et à ce sujet, il faut remarquer que non seulement Voltaire était en exilpour avoir pensé et parlé librement, m lis encore que sa Henriadey comme le Siècle de Louis XIV et V Histoire de Charles XII, était interdite en France. On comprend alors pourquoi la liberté de penser sera au premier plan dans le programme de Voltaire, et l'on voit que, par simple déduction, il eût prêché la tolérance, si, d'instinct, il n'avait été déjà Tenneini né du fanatisme.
Pendant son séjour à Londres survint un événement qui ne contribua pas peu à lui démontrer combien les Anglais étaient plus naturellement tolérants que ses compa notes. Adrienne Lecouvreur était morte à Paris en mars 1729 ; grâce aux préjugés du clergé, on dut enfouir le corps de la grande artiste au bord de la Seine, car ses amis et admirateurs fidèles ne purent même obtenir pour elle ce peu de terre qu'on avait su arracher à Louis XIV en faveur de Molière. L'indignation de Voltaire fut d'autant plus violente, qu;?, vers la même époque, le clergé anglican s'était montré trc \ libéral en prenant part aux magnifiques funérailles qui avaient été faites à l'illustre comédienne Oldfield '. Au=isi s'écriait'il, non sans une certaine exagération, que les circonstances excusaient d'ail eurs :
Que direz -vous, race future, Lorsque vous apprendrez la flétrissante injure Qu'à ces arts désolés font des liommes cruels ?
Ils privent de la sépulture Celle qui dans la Grèce aurait eu de? autels !
l. Cf. LÉON Robert, Voltaire et V intolérance religieuse, Paris et Lausaniio, 1905, p. 27-29.
Ail ! verrai- je toujourd ma faible nation, Inoertaine en ses vœux, flétrir ce qu'elle admire : Nos mœurs avec nos lois toujours se contredire. Et le Français volage endormi sous l'empire
De la superstition 1 Quoi ! n'est-ce donc qu'en Angleterre
Que les mortels osent penser * T
Cette protestation si f^ourageuse de Voltaire, paraissant presque au moment où l'auteur revenait de son exil volontaire, émut profondément l'opinion publique ; elle fut d'ailleurs la cause initiale de nouvelles persécutions qui devaient bientôt Tobliger à quitter, non plus la France.mais du moins Paris.
Dès son retour. Voltaire publie en anglais ses fameuses Lettres philosophiques, où l'on retrouve, non seulement ce qu'il a appris sur l'Angleterre et les Anglais, mais encore sa doctrine générale, développée et transformée par ces notions nouvelles. Vers la même époque, il fait paraître aussi une courte Défense de Milord Bolinghroke, qui annonce, à trente-cinq ans de distance, Y Examen important, mais où l'auteur se contente en somme d'établir que, pour être théiste, on n'en est pas moins honnête ni moins digne de respect. « Prêchons, dit-il, une morale aussi pure que celle des philosophes adorateurs d'un Dieu, qui, d'accord avec ce grand principe, enseignent les mêmes vertus que nous, sur lesquelles personne ne dispute ; mais qui n'enseignent pas les mêmes dogmes, sur lesquels on dispute depuis 1700 ans, et sur lesquels on disputera encore '. »
Dans sa tragédie de Zaïre, qui fut représentée en 1730, et publiée deux ans plus tard. Voltaire insistait encore sur la relativité des religions. L'héroïne disait en effet :
La coutume, la loi plia mes premiers ans A la religion des heureux musulmans.
1. La mort de Mite Lecouvreur, m t. ix, p. 3C8-(>9. "2. Défense de Milord Tiolingbroke. in t. xxiii, p. 554
Je le vois trop : les soins qu'on prend de notre enfance Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance. J'eusse été, près du Gange, esclave dds faux dieux, Olirétienne dans Paris, musulmane en ces lieux '.
On voit par là combien Voltaire, en toute occasion, revenait sur ses idées favorites et en variait la démonstration.
Un autre exemple de cette incessante préoccupation nous est fourni par ce livret d'opéra, Tanis et Zélide, ou les Rois pasteurs, écrit par Voltaire en 1733. Cette «tragédieopéra ». comme l'appelait son auteur, était, à vrai dire,un mélange bizarre de « bergerie » et d'orientalisme. La pièce en effet se passait en Egypte ; mais, à travers les mages, « pontifes inflexibles *',« monstres teints de sang », qui ont « détrôné les rois »'^ et « n'ont jamais pardonné »'*, c'étaient évidemment les fanatiques chrétiens que Voltaire voulait atteindre. Il leur opposait les sectateurs d'Osiris et d'Isis, « tendres > divinités \ autrement dit les théistes.
Cependant, à cette époque, il ne se contentait pas de philosopher, il thésaurisait. Dès ses débuts Uttéraires, il avait obtenu du roi et de la reine des pensions dont il affirme n'avoir jamais sollicité le paiement ; mais,d*autre part, il déclare lui-même que « le roi Georges r'"" et surtout la princesse de Galles, qui depuis fut reine , lui firent une souscription immense : cp fut 1? commencement de sa fortune ; car, étant revenu en France en 1728, il mit son argent à une loterie établie par M. Dufort, contrôleur de^ finances. On recevait des rentes sur l'hôtel de ville pour billets, et on payait les lots argent comptant, de sorte qu'une société qui aurait pris tous les billets aurait gagné un million. Il s'associa avec une compagnie nombreuse et fut heureux /' . Cette fortune