‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 264 sur 293 · Ibid., ch. xxiii, p. 107-OS · texte numérisé non relu

Ibid., ch. xxiii, p. 107-OS

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C'est donc toujours, en définitive, sur la faiblesse humaine, sur la nécessité pour l'homme ignorant et chétif d'éviter toute cause de soucis et de vaines querelles que Voltaire s'appuie pour réclamer la tolérance.

Jusqu'à sa dernière heure, Voltaire allait continuer la lutte et s'efforcer de parachever son œuvre. Outre certains dialogues, le conte d'Amabed et enfin les deux tragédies, les Guèbres et les Lois de Minas, dans lesquelles il traitait spécialement la question de la tolérance, il eut encore Toccasion d'y revenir fréquemment dans le Dictionnaire philosophique, le traité des Conspirations contre les peuples, le Commentaire sur le livre des délits et des peines, la Bible enfin expliquée 'et dans tous ces pamplets anonymes en lesquels il donnait plus libre cours à sa verve. Mais, en somme, c'étaient toujours les mêmes idées reprises sous des formes variées, et c'est tout au plus si, au point de vue qui nous occupe, on pourrait constater une légère évolution chez Voltaire : elle consisterait en ce que, peu à peu, il organise plus logiquement et documente ave(î un soin plus méticuleux sa critique des religions révélées.

Il reste à examiner maintenant un point particulier de la critique de Voltaire qu'il nous a paru préférable de traiter à part : c'est la question des rapports de l'Eglise avec l'Etat. Aussi bien y trouverons-nous l'occasion de réfuter une première objection souvent émise à l'adresse de Voltaire : on lui reproche, en effet, de s'être contenté d'une critique négative et destructive, d'avoir été incapable de la compléter en établissant des principes positifs et d'ordre pratique, ou du

1. Ces ouvFÉigoa ne traitant pas directement de la tolérance, nous ne jugeons pas utile d'y revenir; nous avons d'ailleurs indiqui^, au ooura de notre étude historique, la plupart des passages intéressants qu'ils contiennent siu" oetto question.

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moins d'avoir négligé cet indispensable complément. Or il n'en est rien; car, si Voltaire n'a pas toujours été suffisamment explicite, il n'en a pas moins écrit à ce sujet des pages intéressantes et d'une interprétation facile.

De par ses travaux historiques, il fut amené à constater combien avaient été fréquentes et variées les usurpations des pouvoirs ecclésiastiques à l'égard du pouvoir civil \ N'était-ce pas, en effet, selon la formule d'Augu'«te Comt-e, l'état théologîque des sociétés que Voltaire dépeignait en ses vastes tableaux d'histoire universelle ?

Aux papes, Voltaire reproche tout d'abord la constitution d'un domaine temporel, auquel leur mission, purement spirituelle, ne leur donnait aucun droit.Il s'irrite de voir

Un prêtre au Capitol©, où triompha Pompée,

et

Des Césars avilis la grandeur usurpée *.

Les papes, non contents de s'attribuer Rome pour capitale, avaient d'ailleurs bientôt arrondi leur domaine, grâce aux donations de leurs protégés Pépin le Bref et Charlemagne. De plus, les cadeaux de ce genre devant être plutôt rares, le Saint-Siège favorisa l'établissement de coutumes dont il bénéficiait : ainsi, pendant la minorité de l'empereur Henri IV, il encouragea les seigneurs allemands, qu'effrayait la rapacité des princes itahens, à donner leurs biens à l'Eglise ; ils en restaient d'ailleurs possesseurs feudataires et touchaient une légère redevance : c'était là le système des oblata.sysième fort rémunérateur pour l'Eglise '. Par un procédé de ce genre, la papauté parvint à usurper la suzeraineté du royaume de Naples ; puis elle s'arrogea, avec moins de formes encore.des droits sur la Sicile, mais ne réus-

1. Cf. également, à ce propos, Taniê et Zilide, tkcto rv, se. i^*'.

2. EpUre CIV (à rautenr du livre des Trois imposteurs), in t. x. p. 404.

3. Cf. Annales de V Empire (Henri IV, dix-huitième empereur), in t. XII r, p. 295.

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sit pas à empêcher les évêques siciliens de payer les impôts, ni à se substituer, en ce pays, à l'autorité judiciaire civile. Enfin,ce fut manu militari * que les papes s'emparèrent de ce duché de Castro et Ronciglione,que Louis XIV leur fit restituer à la maison de Parme. D'ailleurs, le cruel et perfide Jules II, et cet Alexandre Borgia,sur lequel Voltaire insistait trop parfois, guerroyèrent également pour le plus grand bien du pontificat*. Les théologiens romains pensaient les en justifier en déclarant simplement « que le pape est audessus des lois, qu'il peut rendre juste ce qui est injuste y^. Mais il est quelque chose de plus maniable que les territoires, c'est l'argent. Parfois, sous un prétexte quelconque, la papauté imposa de lourds tributs à des souverains qu'elle considérait comme ses vassaux*. Mais,en France comme en Espagne et en Italie, ce fut d'abord grâce à l'usnge des annotas que la cour de Rome put s'enrichir aux dépenr- de l'Etat.Tous ceux qui obtenaient un bénéfice (et en particulier les évêque3)payaient au pape une redevance proportionnelle, bien que ces bénéfices eussent été créés par les souverr.ins, et que le bénéficiaire fût ordonné, en fait, par des ecclésiastiques de son pays ; or, de deux choses l'une : ou bien, en se plaçant au point de vue ultramontain, c'était une simonie comme l'avait déclaré le concile de Bâle, ou bien, en se plaçant au point de vue gallican, c'était une atteinte aux droits de l'Etat^.Cet usage, au tempsde Voltaire^drainait

1. « Ce n'était pas mémo lo contrains-les d^ entrer, dit plaisamment Voltaire, c'était le contrains- les d€ sortir. »{Le« droits des hommes et les usurpations d^s papes, § v, in t. xxvii, p. 205. )

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