Cf. Candide, oh. xviii, in t. xxt, p
4. Cf. Profession de foi des théistes, in t. xxvir, p. 71-72.
5. On peut trouver dans Voltaire un certaia nombre de passages qui sembleraient indiquer clioz lui une tondunco naturollo au matérialisme. {CL Léon Robert, op. c/(.,p. 187 s(|.) — C'es pas.sagos sont d'autant plus
le de Locke et par sentiment de 8a propre impuiâsanoe dans le domaine de la spéculation métaphysique. Faiblesse excusable, si l'on songe que ce fut seulement plus d'un demi-siècle après la mort de Voltaire qu'Auguste Comte, puis Herbert Spencer osèrent proclamer pour tout philosophe le droit et même le devoir de négUger l'inconnaissable.
D'ailleurs, même avec ces restrictions, l'œuvre de Voltaire reste ici des plus importantes. On a souvent dit que la Clonstituante s'inspira de sa formule, tandis que la Convention songea plutôt à Rousseau ; sous cette forme trop absolue, l'affirmation semble inexacte : mieux vaut dire que seul Voltaire assura le succès de la campagne anticléricale qui fut un des facteurs de la Révolution française,et répondre à ceux qui prétendent ne trouver dans ses écrits aucune donnée positive et pratique par l'énoncé des préceptes suivants :
« Que jamais une loi ecclésiastique n'ait de force que lorsqu'elle aura la sanction expresse du gouvernement. C'est par ce moyen qu'Athènes et Rome n'eurent jamais de querelles rehgieuses.
4 Ces querelles sont le partage des nations barbares ou devenues barbares.
« Que le magistrat puisse seul permettre ou prohiber le travail les jours de fête, parce qu'il n'appartient pas à des prêtres de défendre à des hommes de cultiver leurs champs.
« Que tout ce qui concerne les mariages dépende uniquement du magistrat, et que les prêtres s'en tiennent à l'auguste fonction de les bénir.
significatifs lorsqu'on los roncontro dans sa correspondance, et, parmi ceux-ciyle plus explicite est évidemment le suivant: «C'est une belle chose que rimmortalité de râino. J'aime assez le oapitiUne suisse qui, avant une bataille,! aisait ses prières derrière un buisson et qui disait : « Mon Dieu, s'il y en a un, ayez pitié de mon âme.si j'en ai im»î... » Les hommes prononcent toujours les mots sans les entendre... Toutefois,il est fort bon de faire accroire aux hommes qu'ils ont une âme immortelle, et quUl y a un Dieu vengeur qui punira mes paysanss'ils me volent mon blé et mon vin, qui fera rouer là-bas ou là- haut les juges des Calas et brûler ceux dWbbe\'ille. t {Let. à (TArgerUal, 20 avril 1769, in t. l, p. 454.)
LE XVIII* SlAcLE 423
« Que tous les ecclésiastiques soient soumis en tous les cas au gouvernement, parce qu'ils sont sujets de l'Etat
f Qu'aucun prêtre ne puisse jamais ôter à un citoyen la moindre prérogative, sous prétexte que ce citoyen est pécheur, parce que le prêtre pécheur doit prier pour les pécheurs et non les juger.
« Que les magistrats, les laboureurs et les prêtres paient également les charges de l'Etat, parce que tous appartiennent également à l'Etat.
« Qu'il n'y ait qu'un poids, une mesure, une coutume....
< Que rien ne soit infâme que le vice * . »
Mais ceux qui aiment à critiquer Voltaire ne s'en sont pas pris seulement au philosophe, c'est surtout contre le militant qu'ils se sont acharnés. Tactique fort compréhensible, car la campagne en faveur de la tolérance est l'explication de l'œuvre de Voltaire ; elle en fait un tout compact qui tend logiquement et utilement vers un même but, vers cette liberté de conscience que chacun aujourd'hui, plus ou moins sincèrementjS'aecorde à reconnaître indispensable. C'était donc la à clef de voûte de ce vaste édifice que devaient nécessairements'attaquer les adversaires irréductibles de l'esprit voltairîen,car toutes les critiques particuUères eussent échoué, si l'on n'eût au préalable réfuté cette justification générale. Mais ceux qui s'engagèrent en cette voie s'y trouvèrent en mauvaise posture,et ce n'est pas précisément Voltaire qui est sorti diminué de ce confiit. Bien plus, sans en avoir conscience, ses adversaires ont fourni euxmêmes les grandes lignes de la réfutation qu'appelait leur acerbe critique. En effet, tandis que l'un déclare que le nom de Voltaire restera toujours « attaché au souvenir de
1. Dictùmn, philos., art. 4 Lois civiles et ecolésiaetiques », in t. xix, p. 625-26.
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r abolit) on de la torture », et consent (sur ce point où nulle question religieuse n'est en jeu) à convenir que Voltaire fut bienfaisant, l'autre avoue que le siècle de Voltaire, ce X VIII*^ siècle auquel il reproche de n'avoir été ni français ni chrétien, fut du moins « le siècle de l'humanité », et va même jusqu'à dire, dans un élan de franchise : < Voltaire avait certes plus de sensibilité qu'on ne serait tenté de le croire, et il l'exerçait sous une forme infiniment respectable. Elle se traduisait sous forme de pitié pour les infortunes des humbles ; il compr.tissait, et très sincèrement, je le crois, aux infortunes de l'humanité. »
On peut accorder que Voltaire n'agissait pas uniquement sous l'empire de l'émotion et de l'indignation qu'éveillaient en lui les souffrances des victimes du f ejiatisme : dans la campagne entreprise, il voyait évidemment un intérêt supérieur à ces affaires individuelles : mais cet intérêt ne lui était pas personne!, c'était celui de l'humanité entière ou du moins celui de tous les honnêtes gens. C'était le principe de tolérance qu'il voulait faire triompher après en avoir obtenu des applications particulière i. Et d'ailleurs, il ne s'en cachait pas ; écrivant à Debrus à propos des Calas, il lui disait : « Cette affaire est très capable de vous faire obtenir, à vous autres huguenots, une tolérance que vous n'avez point eue depuis la révocation de l'édit de Nantes. Je sais bien que vous serez damnés dans l'autre monde, mais il n'est pas juste que vous soyez persécutés dans celui-ci ^ » Et, quelque temps après : « Je vous répète ce que je vous ai dit depuis six mois, qu'il pourra naître un grand bien de l'horrible mal qui s'est commis »
Quant à dire que son intervention sensationnelle n'était qu un moyen de réclame gratuite, c'est là un procédé de critique littéraire dont on a toujours beaucoup trop abuse, dès qu'un écrivain est sorti du domaine spéculatif pour accorder l'appui de son talent à quelque cause qui lui semblait
1 . Lct. à Dcbrvs («. d.). in f-d- huditcs sur la to((ra7icc, p. 150 .
juste. Mais, en ce qui concerne Voltaire, cette hypothèse e,^t paiticulièrement insoutenable : il ne faut pas oublier en effet qu'au moment où il s'engagea dans cette affaire, il était riche, indépendant et célèbre, et que même, si le philosophe ne fût pas devenu militant, il n'aurait pas été moins grand Gux yeux de ses contemporains ; il est également utile do rappeler qu'à la même époque, J.-J. Rousseau, sollicité d'intervenir en faveur des Calas, repondit : «J'ai fait assez pour le bonheur des hommes, que d'autres y travaillent à leur tour ' ! % Bien loin d'être intéressée, l'entreprise de Voltaire était au contraire des plus hasardeuses : non seulement il prélevait sur sa cassette de nombreux secours pour ceux dont il assumait la défense ^, mais encore son prestige moral aurait subi, en cas d'échec, un irréparable dommage, et d'autre part il avait tout à redouter de ceux auxquels il s'attaquait ^. Ce n'était plus le sage, actif sans doute, mais tranquille dans sa retraite, tel qu'il se dépeignait lui-même, trente ans auparavant, dans ses Discours sur Vliomme :
Pour moi, loin des cités, sur les bords du Ponnosso ,
Je suivais la nature et cherchais la sagesse ;
Dans un corps languissant, de cent maux attaqué,
Gardant un esprit libre à l'étude appliqué,
Et sachant qu'ici bas la félicité pure
Ne fut jamais permise à T humaine nature '*.
C'était le lutteur sans cesse harcelé de tous côtés, menant