‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 285 sur 293 · Mortels, à souffrir condamnés · texte numérisé non relu

Mortels, à souffrir condamnés

Ce n'est que des jours fortunés Qu'il faut conserver la mémoire.

{Ode XX, V anniversaire de la Saint-Barthélémy, in t. vin., p. 494.)

On trouve un pa5i6agc analogue dans Totle 8ur le passé et le présent, où Voltnir."» loue Turpot do son int<^rvontion.

taire tendresse pour ses semblables. Chaque succès remporté par les principes pour lesquels il combat constituant un adoucissement certain aux souffrances des hommes, il s'en réjouit * ; et ce fut probablement pour lui le plus beau jour de son existence que celui où, dans la certitude d'un succès prochain, il put s'écrier : * Le règne de l'humanité s'annonce*, »

Il était compréhensible que Voltaire continuât la lutte, même après la réhabiUtation des Calas et des Sirven, car le succès de ces deux procès, où la question de la tolérance n'était qu'indirectement en jeu, n'avait nullement modifié la situation légale des protestants. Après la campagne des philosophes, le principe de tolérance s'imposait à un grand nombre d'esprits plus ou moins hardis, et ceci pour des raisons diverses : si beaucoup, en effet, devinrent tolérants par réflexion, d'autres aussi ne reconnurent cette nécessité sociale que par un engouement assez semblable à celui qu'ils eussent éprouvé pour toute autre mode frivole ou ridicule.

1. Répondant à une épître que lui avait adressée la Société de la Tolérance do Bordeaux, il disait :

Vous voulez donc édifier Un beau temple à la tolérance \.

Je prétonds y sacrifier :

C'est ma sainte de préférence.

A vos maçons j*ai pu fournir Dos pierres pour cette entreprise ; Les dévote 8*on voulaient servir Pour me lapider dans l'église.

Mais je sais ce qu*ont ordonné Los maximes de TE vangile :

En bon chrétien ,j'ai pardonné Au méchant comme à Timbéoile.

{Stances XXXIII, in t. vni. p. 638-639. )

2. Let. à Moultou (12 mars 1763), in Let. inéd. sur la toi,, p. 2 10.

LE XriII* SIÈCLE 431

Quoi qu'il en soit, le principe était entré dans les mœurs, et il s'était constitué, si l'on peut dire, une majorité favorable à la liberté de oonsoience. M^is, c'était là un progrès très insuffisant, car, sous le régime monarchique, le public n'avait voix consultative que par la force des choses, et l'on ne pouvait espérer que son opinion sur cette question délicate fût d'un très grand poids dans les décisions d'un souverain qui, par tradition, devait être à la fois le sujet déférent et le protecteur de la religion dominante. A ce point de vue spécialement politique, il est certain que l'intervention de Malesherbes et surtout de Turgot permit seule de réaliser un nouveau pas en avant, et de commencer l'achèvement de l'œuvre de Voltaire. En 1787, Louis XVT, d'accord avec l'assemblée des notables, signa l'édit qui accordait aux protestants un état civil, c'est-à-dire reconnaissait leurs mariages et légitimait leurs enfants, mais leur refusait les droits politiques (qu'ils ne réclamaient d'ailleurs pas) et la liberté de culte. Le roi, si l'on en croit le préambule de l'édit, semblait s'être déterminé pour deux motifs assez contradictoires : le droit à la liberté de conscience, dont il n'avait peut-être pas une notion bien nette, et la persuasion que les mesures vexatoires ne favorisent guère les conversions. Comme le disait Lamoignon, il croyait simplement avoir « concilié dans la nouvelle loi les droits de la nature avec les intérêts de son autorité et de la tranquillité publique * ^ Cet édit, si précaire qu'il fût, était tout ce que l'on pouvait obtenir d'un roi. catholique. Or, c'est précisément deux ans plus tard qu'allait se produire le grand mouvement politique grâce auquel seul le mouvement des idées et des mœurs, à ce point de vue, devait être officiellement consacré et, jusqu'à un certain point, sanctionné. Sans vouloir ramener ces problèmes essentiellement pratiques à de simples questions de mots et de formules, ne pourrait-on faire remarquer que les principes directeurs du mouvement révolutionnaire, ces trois mots d' «égalité »,

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