J. Simon, op, cit., p. 287 sq
définir plus exactement : le droit de prier en commun. Dès lors, on comprendra mieux son caractère de complexité : en effet, tout en restant évidemment en corrélation directe avec le droit de croire, il fait intervenir dans le débat de nouveaux facteurs, et leur importance est telle, que la question de la séparation des Eglises et de l'Etat n'est pas encore définitivement tranchée à rheure actuelle; en un mot, il n'est pas encore possible d'écrire un historique complet de cette question de la Uberté des cultes, car seules les idées admises n'ont plus d'histoire. Toutefois, cette réserve étant faite, hâtons-nous d'ajouter que, jiisqu'en 1789, la question de la tolérance engloba à la fois la question de la liberté des cultes et celle de la liberté de crovance au sens strictdu mot. Enfin, pour ce qui est de la Uberté d'enseignement, on doit, sans préjuger dans un sens ou dans l'autre de sa légitimité, reconnaître qu'elle est subordonnée à la solution de graves problèmes ]x>litiques ou philosophiques, tels que l'antinomie entre les droits, respectifs et peut-être contradictoires, des parents, des enfants et de rEtat,en matière d'enseignement, et d'autre part le débat toujours actuel entre le positivisme et les partisans de la métaphysique.
C'est aussi pour les mêmes motifs que nous arrêterons cette étude au moment où la question s'est nettement fragmentée, c'est-à-dire à la Révolution française ; car, tout en proclamant la liberté de conscience , dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, la première République ne se prononçait définitivement qu'en faveur de la liberté de croyance : en fait, le débat restait ouvert en ce qui concerne la liberté des cultes et la liberté de l'enseignement.
Jusqu'à quel point la tolérance était-elle admise en réalité au début du XIX« siècle ? Il appartient de l'établir en faisant l'historique de cette notion ; déclarons, du moins, dès maintenant, que l'inscription de la liberté de conscience parmi les droits sociaux et politiques de l'être humain nous apparaît comme la conclusion d'une lente évolution morale,comme la
consécration légale d'uœ modification dans la mentalité des peai^es. A partir de 1 789, il ne s'agirait phis guère que de rUstoire de l'intolérance (et, pour la première moitié du XIX* siècle, cette tâche a été accomplie par Jules Simon) ^ Somme toute, depuis la Révolution, la tolérance est devenue la norme, en droit et même en fait, puisque l'indépendance en matière de croyance religieuse n'expose plus r « hérétique » (c'est-à-dire celui qui a le malheur de ne priser pas comme la majorité), non seulement à des sup* fdices raffinés, mais non plus à la prison, ni me me à quelque dommage matériel. L'intolérance a subsisté parmi les hommes ea tant que phénomène psychologique; elle a disparu en tant que plaie sociale.
CSette étude sera donc précisément consacrée aux doctrines et aux actes des sages à qui l'humanité doit ce perfectionnement moral. Parfois, l'histoire manqua de justice ou d'impcurtialité dans l'appréciation de leur influence. Comme l'a fort bi^i dit Voltaire ^, elle n'est trop souvent « que le tableau des crimes et des malheurs ». « La foule des hommes innocents et paisibles disparaît toujours sur ces vastes théâtres > ; et maintes fois, pourtant, ce fut du sein de cette foule que s'élevèrent les voix les plus utiles à la cause de la civilisation.
Peu nombreuses,si on les compare aux encouragements à rintoléranceet aux apologies du fanatisme,ces protestations généreuses furent cependant moins rares qu'on ne pourrait le supposer, si l'on songeait combien il fallut de siècles pour assurer l'avènement de la tolérance.
A première vue, il pouvait sembler préférable de grouper en trois ou quatre époques caractéristiques les épisodes les plus importants de cette évcJution morale aux multiples manifestations.Mais un examen tout au moins rapide des re-
1. Cf. J. Simon, op, cit>, pcusim, et en particulier, p. 227-2S2 (Troîsidme L'3çon).