Voltaire, V Ingénu, ch. X
12 HISTOIRE DE LA T0LÉU4NCE RELIGIEUSE
ligions antiques peut seul montrer comment l'intolérance, d'instinctive, devint consciente, et par suite s'organisa, ce qui devait contribuer sensiblement à faire naître la notion contraire. D'autre part, n'est-il pas nécessaire de rappeler brièvement les principales caractéristiques du moyen âge pour comprendre le grand mouvement des idées au XVI*' siècle? Enfin, comment pourrait-on négliger le XVII* siècle, qui fut bien, à vrai dire, un siècle d'intolérance, mais qui entendit la protestation indignée de Vauban,et ne put étouffer, sous les clameurs des intolérants de tous les partis, la voix railleuse et raisonneuse de ce Bayle, en qui nous croyons voir la véritable transition de Castellion à Voltaire? Dans l'histoire des idées, tout s'enchaîne et s'explique par filiation ou par réaction ; pour comprendre la résultante, il faut envisager les tendances contraires qui s'équilibrent en elle*.
Mais il nous faudrait encore répondre à une dernière objection préalable ; toutefois, en restant autant que possible dans les limites d'une simple histoire de la tolérance, nous pensons avoir évité ce grave écueil de la méthode historique que Marillier * indiquait en ces termes : « C'est le danger peut-être de l'éducation historique de nous habituer à voir
l'avenir à travers le passé Docilement, fidèlement, les
hérétiques et les orthodoxes, les libres-penseurs et les croyants apprennent une même doctrine, une doctrine qui est commune à toutes les églises, à toutes les sectes : ils apprennent à haïr. » Et il ajoutait ^ : « Le grand besoin de ce temps-ci, c'est l'apaisement : ne plus haïr personne à cause de ses opinions, ne plus haïr même aucune doctrine, mais les respecter toutes, les critiquer loyalement, sincèrement, sans passion, aimer par-dessus toutes choses la liberté, la liberté
1. Que cette complexité irréductible du sujet roit r.ctro excuee pour n'avoir pas toujours étudié dans leurs œuvres m^Trcs les auteurs antérieurs au XVI*^ nièclo.