Ibid. XXII, 16 22. — Cf. Ev, selon saini Luc, XX
8. Voltaire, Les Guèbres, acte 1er, gc. Ire. (On sait qiio Voltaire, sous le nom des Guèbres, voulait poindre les premiers ohrétiens.)
concevoir cette notion d'un dieu qui fût indépendant des frontières géographiques, d'un dieu qui fût autre chose qu'un des principes gouvernementaux : or le christianisme n'était ni une religion nationale, ni, à plus forte raison , une religion d'Etat.
Mais les Israélites avaient tort de s'inquiéter, du moins dès ce moment ; il eût été plus habile de leiu: part de s'assimiler, dans la mesure du possible, ce qu'il y avait de séduisant et d'utile dans la doctrine nouvelle, que de la poétiser par la condamnation et par le supplice de son fondateur, résigné d'ailleurs à la mort. Seul, en effet, ce moraliste, qui, dans notre siècle même , paraîtrait peut-être hardi, pouvait avoir à cette époque l'esprit assez large jiour maintenir sa religion indépendante et tolérante vis-à-vis du régime politique ; seul il comprenait la nécessité de ce divorce entre la société civile et la société religieuse, et le sentait indispensable à la liberté de conscience que sa doctrine menaçait par ailleurs.
« La grande originaUté du christianisme, a dit Marillier, ce n'est pas sa morale, ce ne sont pas ses dogmes, c'est la conception que le Christ a apportée au monde des rapports de l'homme et de Dieu. Les vieilles religions sociales sont brisées ; une religion nouvelle est née, où l'homme et son père céleste restent seuls en présence.... Le chrétien ne fait partie d'aucune société reUgieuse ; il est l'ami de Dieu, c'est en lui qu'il vit, en lui qu'il pense ; il ne peut songer à opprimer ceux qui ne sont point Ués à lui ; son salut est son œuvre à lui seul, l'œuvre de sa foi, l'œuvre de la grâce toute-puissante, de la xâ/Jiç TooeioO. Mais ce christianisme idéal n'a jamais vécu que dans la pensée du Maître : c'est peut-être le christianisme de l'avenir, ce n'est point à coup sûr le christianisme du passé * . »
En effet, la doctrine de Jésus (telle du moins qu'on peut l'établir d'après les renseignements si souvent contradictoires des quatre Evangiles) ne s'est maintenue à peu près
L Marillier, <yp. cit., p. 34-35.
pure que chez les premiers apôtres. Dans son EjAtre aux Romains, Paul prêche encore une tolérance assez remarquable : « Soyez accueillants, dit-il, pour qui est faible en la foi, sans juger ses pensées Que chacun se fasse une conviction entière et personnelle.... Ainsi, chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même. Cessons donc de nous juger les uns les autres, et prenons plutôt la résolution de ne placer devant notre frère ni pierre d'achoppement ni piège \ » Il ordonnait encore de se soumettre aux pouvoirs publics, de se faire un cas de conscience de payer l'impôt et le cens, et recommandait enfin d'honorer le roi : il faut remarquer, il est vrai, que tout ceci équivalait encore au respect de la personne divine, puisque le pouvoir civil, comme toutes choses, a été institué par Dieu '. Pour l'apôtre, d'ailleurs, tous les commandements se réduisaient à celui-ci : « Aime ton prochain comme toi-même '. » Cependant, il ne faut pas trop se fier à l'apparence exclusivement morale de la doctrine de Paul. Il ne renonce pas à l'absolutisme religieux : s'il conseille de fuir l'idolâtrie, c'est que, d'après lui, elle attire à juste titre sur les coupables les châtiments les plus afifreux *. Il dit aux Corinthiens : « Je déclare à ceux qui ont péché jusqu'ici, et à tous les autres, que, si je retourne chez vous, je ne les ménagerai pas, puisqu'il vous plaît de mettre à l'épreuve le Christ qui parle en moi, lui qui, loin d'être faible à votre égard, a la force de sévir au milieu de vous '. * Il n'hésite même pas à répéter contre les païens ces accusations calomnieuses d'immoralité ® qui, dès lors, seront les armes coutumièresdel'intolérancereligieuse.D'ailleurSjlesquestions traitées dans ces Epitres, les discussions pour savoir si Pierre