KpUre aux Romains, XIV
oO HISTOIRE DE LA TOLÉRANCE EELIGIEUSE
les chrétiens aves les juifs. Suétone, qui fut le premier parmi les historiens classiques à faire mention du christianisme, a dit pourtant, mais avec négligence et sans souci de l'exactitude, qu'en l'an 50, l'empereur Claude « sévit contre les Juifs, qui provoquaient des troubles continuels à l'instigation de Chrestos ». Or, ces juifs chassés par Claude constituaient probablement la première communauté chrétienne de Rome,et ce fut là le premier exemple de ces mesures d'ordre administratif que, par la suite, on appela des persécutions.
Que les Romains, pendant longtemps, aient confondu judaïsme et christîanieme, qu'ils aient simplement &u confusément « qu'il y avait une secte juive appelée galiléenney ou pauvre, ou chrétienne » \ ceci n'a rien qui puisse nous surprendre, étant donné le caractère spécialement moral de la réforme chrétienne à son début ; elle n'était pa« encore une religion. Voltaire, à juste titre, a beaucoup insisté sur ce point que les premiers apôtres s'acquittaient de toutes les cérémonies instituées par la religion juive, ce qui est d'ailleurs confirmé par le récit oflSciel de leurs actes. Ce n'est en effet que devant l'hostilité des juifs orthodoxes que les chrétiens durent renoncer à fréquenter les synagogues : il n'est pas exact de dire que ce furent les juifs qui initièrent la politique romaine à la funeste manie des persécutions *, car le droit d'excommunication est en lui-même une forme de la Uberté de culte, et rintolérancedoctrinale,indépendamment des conséquences que eouvent elle entraîne, n'a rien en soi d'illégitime. En cette circonstance, l'exclusivisme religieux d'Israël fut la cause involontaire d'un fait capital : la fondation d'une religion nouvelle,pour qui devait presque se réaliser l'idéal d'universelle domination que les Hébreux avaient rêvé pour eux-mêmes.
1. Voltaire, Histoire du Christianisme, ch. P^, in La Bible enfin expliquée.