‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 34 sur 293 · Denis, op. cit., p · texte numérisé non relu

Denis, op. cit., p

Or il est probable que ce mépris, ou, plus exactement, cette haine des Juifs pour la doctrine de Jésus se manifesta moins à Rome que dans les colonies Israélites d'Asie Mineure et de Grèce, où les apôtres prêchaient dans les synagogues et répandaient lentement la doctrine, malgré les risées ou TindifiFérence des orthodoxes. En effet, le christianisme, sous une fomje plus ou moins définitive, se propagea dans la colonie juive de Rome longtemps avant que les régions, qui auraient dû constituer des intermédiaires naturels entre la capitale et Jérusalem, fussent elles-mêmes évangélisées. Les Juifs,ainsi que la plupart des étrangers d'origine égyptienne, orientale ou grecque, étaient alors parqués pour ainsi dire dans le quartier du Transtévère, que les Romains abandonnaient dédaigneusement aux gens de basse condition, à l'usurier comme au mendiant. Certes, les israélites,bien qu'on leur eût,dè8 la seconde guerre punique, accordé le droit de cité, puis, sous Auguste, le droit d'ouvrir des synagogues, étaient universellement méprisés à Rome; mais du moins ce mépris s'adressait-il plutôt à leur mercantilisme qu'à l'exclusivisme de leur doctrine religieuse. « Il y avait huit mille Juifs à Rome, dit Voltaire, qui avaient droit de synagogue, et qui recevaient des empereurs les libéralités congiaires de blé, sans que personne daignât s'informer des dogmes de ce peuple '. » C'est parmi cette populace dédaignée, mais libre de croire et de prier, que s'infiltra rapidement le christianisme, importé, semble-t-il, par quelques-uns de ces innombrables émigrants orientaux qu'attirait la capitale.

« Les premiers chrétiens n'avaient rien sans doute à démêler avec les Romains; ils n'avaient d'ennemis que les Juifs, dont ils commençaient à se séparer ^ » Et c'est probablement à la suite d'une de ces discussions que Claude, comme nous l'apprend Suétone, se décida à sévir. Ce ne fut pas là ce qu'on

1. Voltaire, Hist. de V établi ssement du Christianiêtne, ch. I", in La Bible enfin expliquée*

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