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Voltaire, Traité de la tolérance, ch. VIII

fï2 HISTOIRE DE LA TOLERANCE RELIGIEUSE

peut appeler une persécution, et ce n'en fut pas une non plus que les massacres qui eurent lieu en 64, à la suite de l'incendie de Rome : Néron, soupçonné à tort ou à raison, rejeta prudemment, et en politique habile, toute la responsabilité de ce crime monstrueux sur la tête de « quelques malheureux demi-juifs et demi-chrétiens » *, comme dit Voltaire. Car, si Tacite désigne expressément ceux « quos per flagitia invisos vulgua christianoa appellabcU » * , du moins ne faut-il pas oublier que cet historien écrivait sous Domitien, c'est-à-dire à une époque où la secte chrétienne commençait à se différencier nettement du judaïsme. Il est à peu près certain que les cruautés deNéron, aussi bien à Rome même que dans les provinces ^ s'exercèrent indifféremment sur les juifs et sur les chrétiens, et si la religion fut pour quelque chose dans le choix de ces victimesexpiatoires, c'est que précisément on attribuait aux juifs un mélange confus de doctrines, les unes israélites,les autres chrétiennes, dont la réunion semblait constituer une religion à la fois exclusive et agressive ; encore les nouveaux convertis étaient-ils seuls, à vrai dire, parmi les Romains, à avoir cette connaissance, élémentaire cependant et même erronée, de la doctrine chrétienne. En cette circonstance, c'était donc surtout son mépris absurde, sa haine à la fois sauvage et. puérile pour cette race de marchands et de prêteurs que la populace romaine assouvissait.

Bientôt cependant la situation devait se modifier. D'abord, et ceci pour plusiem^ raisons, le christianisme se révéla peu à peu comme une reUgion distincte. Dans les provinces où prêchaient les apôtres, il fut connu tout particulièrement des gouverneurs, devant qui les juifs allaient souvent protester; et il semble que, si cette religion parut souvent absurde à ces administrateurs, dumoins se montrèrent-

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