‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 36 sur 293 · f. Voltaire, Eaaai sur les mœurs, VIII · texte numérisé non relu

f. Voltaire, Eaaai sur les mœurs, VIII

l'antiquité kt le CHR1STL\N1SME 53

ils d'une tolérance bien romaine : rien ne peut mieux le prouver que la conduite de gouverneur Félix et de Festus à regard de l'apôtre Paul, que les juifs eussent peut-être lapidé sans cette intervention \ La conduite des gouverneurs romains était d'autant plus méritoire que les juifs commentaient à leur donner de véritables exemples d'intolérance ; d'ailleurs, chez les chrétiens eux-mêmes, les discussions et les contestations souvent puériles d'un dogmatisme naissant dégénéraient maintes fois en rixes, ou même en véritables persécutions. «A peine ont-ils prêché le Christ, dit Voltaire, qu'ils s'accusent les uns les autres d'être antichrists *. »

C'est ainsi que Rome entrevit bientôt, i^on pas la doctrine chrétienne dans toute la pureté de son essence primitive, mais une religion incohérente et imprécise, en l'absence de tout évangile (car les chrétiens, déjà séparés des juifs, tardaient cependant à révéler leurs dogmes personnels) ^ une religion déformée par les interprétations des premiers prêtres et fidèles. Peut-être l'exclusivisme qu'elle manifestait parut-il aux Romains plus dangereux et plus répréhensible, parce que les conflits incessants entre juifs et chrétiens et les appels des plaignants à la justice des gouverneurs avaient pu leur donner une première et vague notion de cette intolérance civile qu'auparavant leur politique avait toujoiu*s ignorée. D'ailleurs, ils ne s'étaient pas inquiétés des dogmes juifs au point d'en distinguer le caractère exclnisiviste ; l'intolérance spéculative était donc elle-même pour <»ux une nouveauté, et une nouveauté suspecte. Mais ce qui les préoccupa surtout, ce fut le succès que rencontra la propagande chrétienne dans les classes déshéritées de la société, ce fut enfin cette ardeur de prosélytisme elle-même .qu'ils n'avaient encore constatée dans aucune autre religion. « Une

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