J. Simon, op. cit., p
l'antiquité et le (CHRISTIANISME 5d
tenoe de oe peuple. Après la conquête, les étrangers, et surtout les Grecs, ont importé dans la métropole leurs coutumes et leur philosophie. Maisl'esprit positif du Romainne pouvait comprendre le plaisir inhérent à la spéc ulation philosophique elle-même ; il ne se contentait pas de ratiociner, il voulait conclure : les uns, à la suite des stoïciens, placèrent la raison d'être de l'existence dans la réalisation d'un idéal moral dont nulle fiction poétique ne vivifiait la froideur métaphysique : les autres, porci de grege Epicuri, crurent que la vie était à elle-même sa propre raison d'être ; mais, de cette doctrine en soi fort légitime, ils conclurent à la justification de la luxure et de l'orgie, et bientôt se blasèrent par l'excès même de ces jouissances. Aux ims comme aux autres, le christianisme apportait un idéal nouveau d'austérité et de bonté, qui, d'une part, complétait le stoïcisme et lui donnait une c^taine séduction que n'avait pas la doctrine philosophique, et qui, d'autre part, constituait pour les épicuriens désabusés et blasés une ultime raison de vivre. Les matrones romaines apprirent probablement à connaître cette morale* du christianiBme primitif par les allusions ou les récits de leurs esclaves : ce fut grâce à eUes que la religion nouvelle se répandit. Bientôt, les conversions se multiplièrent, car chacun se croyait moralement obligé d'enseigner cette doctrine si sure d'elle-même.
Ce prosélytisme enthousiaste devait à lui seul inquiéter les pouvoirs publics. L'empire, en effet, s'était efforcé, depuis Auguste, d'élever sur les i-uines du polythéisme romain une véritable religion d'Etat, dont le dogme fondamental était évidemment l'apothéose impériale ; nier la divinité des empereurs défunts,n'était-ce pas en même temps commettre à r^ard de remi>ereur actuel un crime de lèse-majesté ? Ceci suffirait à expliquer que le christianisme n'ait pas obtenu à Rome le droit de cité, ou tout au moins la tolérance qu'on accordait à tous les autres cultes. H est même surprenant que seuls les tyrans avérés aient sévi contre les chrétiens, et que la plupart des empereurs, les Antonins tout particuliè-
rement, aient traité avec une réelle modération cette secte dangereuse pour la politique impériale.
A cette époque, il est vrai, le christianisme observait encore les préceptes de son fondateur ; ses adeptes « rendaient à César ce qui était à César ». « Si Céaar demandait l'impôt, ils étaient prêts à le payer ; s'il demandait leur sang, ils étaient prêts à le répandre '. » D'autre part, ils ne réclamaient pas encore le droit d'élever des temples à leur Dieu. « Nous sommes partout, excepté dans les temples », disait Tertullien. Et tous les écrivains chrétiens de l'époque déclaraient aussi leur mépris pour le cérémonial étroit ; d'après eux, la seule manière de plaire à Dieu était d'imiter Jésus, de faire le bien et de vivre avec simplicité, tels les esséniens ou les thérapeutes juifs. Au troisième siècle, Minutius Félix, le premier des apologistes latins, dans un dialogue empreint d'une éloquence persuasive et d'un sentiment religieux large et tolérant, faisait dire parle chrétien Octavius au païen Cécilius : « Pensez-vous que nous cachions Tobjet de notre culte, pour n'avoir ni temples ni autels ? Quelle image pourrions-nous faire de Dieu, puisque l'homme nous apparaît comme son image même ? Quel temple lui élèverais-je, lorsque ce monde immense édifié par lui ne le peut contenir ? Comment enfermerais- je la majesté divine dans une maison, tandis que moi, qui ne suis qu'un homme, je disposerais d'un plus grand espace ? Ne vaut-il pas mieux lui dédier un temple dans notre esprit, et le consacrer dans le fond de notre cœur ' ? » Les chrétiens avaient d'ailleurs un lieu de réunion inviolable dans les catacombes, où ils ensevelissaient leurs morts,et que les lois romaines elles-mêmes ordonnaient de respecter.
Mais le peuple ne partageait pas cette modération des empereurs. Ceux qui n'étaient pas assez humbles pour voir dans le christianisme la seule consolation possible, et qui,