Jules Simon, op. cit., p
'2. Minutius Félix, Ociaviufi, XXI.
l'antiquité et le christianisme 87
d'autre part, n'avaient aucun besoin intellectuel, aucune nostalgie sentimentale à satisfaire, n'attribuaient la propagation si rapide de cette secte si remuante qu'à des sortilèges de magiciens ou à des impostures de thaumaturges. Ce fut, chose curieuse, cette accusation calomnieuse et absurde de sorcellerie, dont l'Eglise devait tant abuser au moyen âge, qui provoqua les premières sévérités de l'empire romain à regard de la religion chrétienne.
(^ar il serait bon de s'entendre, une fois pour toutes, sur la question des persécutions et des martyres *. Dès le milieu du IIP siècle, Origène, le savant écrivain chrétien dont l'impartialité est naturellement au-dessus de tout soupçon, déclarait lui-même que les persécutions avaient été assez rares et d'ailleurs très espacées *. Mais tous les historiens chrétiens qui succédèrent à Origène, et en particulier les Apologistes, ne se crurent pas tenus à la même exactitude dans leurs affirmations : leur but était moins d'écrire un récit véridique et raisonné que d'apitoyer et de convaincre. Et, jusqu'à Voltaire, le joug de l'Eglise chrétienne pesa à tel point sur les esprits, que, très sincèrement d'ailleurs, les historiens profanes reproduisirent les exagérations des Pères grecs et latins ; on les retrouvait encore chez Montesquieu. Voltaire fut le premier à indiquer une équivoque favorable à ces récits inexacts. « Le mot martyre, dit-il, signifiait témoignage, et on appela également témoin, martyr, ceux qui prêchaient la secte nouvelle et ceux de cette secte qui furent des repris de justice ^, » Aussi bien, si l'on trouve injuste cette dernière expression, faut-il se souvenir que ce n'est pas toujours sous l'inspiration des haines populaires et par une sorte de machiavélisme que les tyrans, comme Néron, livrèrent au supplice des juifs et des chrétiens ; ce
1. Voltaire, clans son Traité sur la tolérance (ch. IX-X) et danii VEêêai sur les mœurs (ch. VIII), a longuement développé cette question.