Evaîigile selon saint Ltic, XXII
l'antiquité et le christianisme 61
les chrétiens instituèrent, dans les capitales des provinces, des réunions où les chefs de communautés purent prendre de concert des mesures favorables à leurs intérêts : c'est ainsi que furent fondés les conciles, (|ui apparurent dès la fin flu 11*^ siècle, et bientôt se réunirent en conciles généraux ou,pour employer le terme technique,conciles œcuméniques. D'autre part, ot d'ailleurs par le même besoin de centralisation, le pouvoir des prêtres de Rome commençait à prendre une importance prépondérante : il allait bientôt donner naissance à la papauté.
Mais ce qui assura le triomphe des chrétiens, tout en donnant le coup de grâce à la doctrine primitive, ce fut l'alliance entre l'Eglise et l'empire. Au III«8iècle,les Apologistes, encouragés par la tolérance des Antonins,avaient sans cesse imploré des empereurs, non seulement la liberté, mais encore un véritable protectorat ; le règne trop court de Septime- Sévère leur fit espérer le triomphe,mai8 la persécution de Dioclétien tua cette espérance : cependant, c'est au lendemain de ces jours d'angoisse que Constantin, après une longue hésitation, il est vrai, promulgua, en janvier 313, l'édit de Milan, qui permettait aux chrétiens le libre exercice de leur culte. Malheureusement, si C'onstantin accorda la liberté de conscience aux chrétiens orthodoxes, ce ne fut pas de sa part une simple mesure de tolérance ; ce fut un acte politique d'une importance considérable, car, en même temps, il substituait le christianisme à la religion d'Etat précédemment admise. D'autre part, il avait renoncé à la létrarchie de Dioclétien et choisi Byzance comme capitale unique ; il semblait ainsi, comme l'ont souvent fait remarquer les écrivains ecclésiastiques, abandonner aux patriarches de Rome cette ville, qui bientôt deviendrait la capitale du monde chrétien ; c'est en exagérant cette pensée qu'on a cru d'abord à l'authenticité d'un acte par lequel Constantin aurait accordé au patriarche Sylvestre la souveraineté sur Rome, sur l'Italie et sur les provinces de l'Occident : l'auteur de cet acte apocryphe et contesté d'ailleurs dès le Xlh'
siècle était probablement quelque religieux érudit, désireux de justifier par avance le pouvoir temp:)rel des papes.
Ce qu'il y eut de trop réel, ce fut l'appui accordé par Constantin à la répression des hérésies ; car, si l'Eglise se soumit à la domination impériale pour la fixation du dogme et des cérémonies, eUe demanda en retour que son pouvoir spirituel fût affermi par le glaive temporel. En effet, au concile de Nicée, on put voir Constantin siéger au milieu des évêques, discuter avec eux la doctrine d'Anus, en rejeter le principe, et fixer définitivement le dogme de l'orthodoxie chrétienne ; mais, comme Arius ne se soumit pas immédiatement, et comme, d'autre part, sa doctrine trouva de nombreux adhérents, des édits impériaux, qu'un décret de Théo.dose devait plus tard confirmer, menacèrent tout au moins de la prison ceux qui professeraient Tarianisme. Ainsi, le fait de déclarer que Jésus n'était pas formé de la substance même de Dieu (ônrAvioç), mais qu'il était simplement analogue à lui (ô/xotoù<Tioç) devint un crime d'Etat. On fit d'une puérile question de mots un dogme fondamental qu'on prétendit imposer par l'épécCe procédé eut une conséquence facile à prévoir : malgré les proscriptions,rhérésie arienne se répandit jusque dans l'Europe centrale ; on chercha à la réprimer par des massacres. Et, lorsque de nouvelles hérésies apparurent, telles que celle des donatistes en Afrique, puis celle des iconoclastes en Orient, on trouva tout naturel de les étouffer par de sanglantes répressions» Il en fut de même à l'égard du paganisme national, bien qu'il eût présenté moins de résistance, n'ayant pas, conmie les sectes chrétiennes, une tendance invincible à l'apostolat.
Dès lors, la religion chrétienne avait perdu toute supériorité morale sur les autres religions ; cette chute,d'ailleurs, doit être imputée surtout à ses chefs. « Quand on ne sait pas être des apôtres, dit Jules Simon, il faut se résigner tôt ou tard à devenir des bourreaux '. » Cependant, le caractère