Cf. Tertullien, Apologétique, II
4. On a d'ailleurs fait remarquer que Pline, pjouverneur d'une pro- \ince orientale, était plus en mesure que les empereiurs de connaître la véritable doctrine des chrétiens.
l'antiquité kt le christianisme ()5
Les Antonins ne se contentèrent pas d'être modérés. Hadrien, après avoir régularisé la situation des Israélites en rangeant officiellement le judaïsme au nombre des religions autorisées, ne jugea pas suffisant d'avoir favorisé indirectement par cette mesure la secte chrétienne ; il prouva qu'il connaissait déjà le christianisme en tant que religion distincte, lorsqu'il ordonna au proconsul d'Asie, Minutius Fundanus, ce que jamais un empereur n'avait encore osé prescrire, à savoir, de ne punir les chrétiens que s'ils contrevenaient aux lois, de punir même les dénonciations calomnieuses, en un mot de résister à la poussée des haines et des préjugés populaires.
De même Antonin accueillit favorablement la Première apologie pour les chrétiens de Justin de Néapolis, qui, d'ailleurs, et bien qu'il fût un philosophe converti, faisait preuve envers la philosophie païenne d'une véritable largeur d'esprit, en s'efïorçant de trouver un lien de continuité entre la métaphysique des Grecs et les dogmes chrétiens. Et à ce propos, rappelons combien souvent on a fait usage de ce procédé qui consiste à dire : « Vous êtes des nôtres » aux adversaires dont la tolérance sincère et la valeur personnelle sont indéniables. C'est ce qui s'est passé en particulier à propos de Marc-Aurèle : après l'avoir accusé de cruauté en se basant sur des textes plus ou moins vagues, sur des témoignages plus ou moins suspects, il a bien fallu reconnaître que l'empereur phUosophe avait suivi l'exemple d'Hadrien ; il ne put empêcher certains proconsuls d'accorder la vie de quelques chrétiens au fanatisme de la populace, mais du moins il mit en pratique,autant que le lui permettait la raison d'Etat, les principes de tolérance qu'il avait pu lire dans l'apologie d'Athénagore, la Upi^tu^ji intX x,6tTTe*vwv. Des moralistes contemporains ont rappelé à ce sujet les renseignements décisifs et d'une impartialité peu contestable que fournissaient sur Marc-Aurèle certains écrivains chrétiens. Lactance a dit, en effet, en parlant des Antonins, que, par leur tolérance, ils mirent fin aux persécutions et permirent à
l'Eglise d' « étendre ses bras en Orient et en Occident » '. Mais Tertullien apporte un témoignage beaucoup plus intéressant ; il dit en effet : « Consultez vos annales, vous y verrez que les princes qui ont sévi contre nous sont de ceux qu'on tient à honneur d'avoir eus pour persécuteurs. Au oontraire,de tous les princes qui ont connu les lois divines et humaines, nommez en un seul qui ait persécuté les chrétiens ! Nous pouvons même en nommer un qui s'est déclaré leur protecteur : le sage Marc-Aurèle S'il ne révoqua pas expressément les édits contre les chrétiens, du moins les renditil sans effet, en étabhssant des preuves, même les plus rigoureuses, contre leurs accusateurs. Qu'est-ce donc que ces lois, qui ne sont exécutées que par des princes impies, injustes, infâmes, extravagants, insensés, et que n'ont jamais autorisées ni un Antonin, ni un Vérus (Marc-Aurèle) * ? » Par conséquent, non seulement Tertullien citait Marc-Aurèle comme un exemple, mais encore ses paroles confirment absolument ce que nous avons dit de la tolérance romaine : les seuls empereurs qui aient persécuté les chrétiens étaient aussi des tyrans à tous les autres points de vue. Tertullien aurait pu d'ailleurs accorder les mêmes éloges à ce Septime- Sévère, dont il vit le règne trop éphémère.
Il semble que toute la série d'empereurs qui régna depuis Domitien jusqu'à Dioclétien fut, à de rares exceptions près, une véritable école de philosophes, chez qui la doctrine morale d'un Epictète se complétait par la métaphysique large et compréhensive des Alexandrins. « Voyant les religions de haut, disait Denis, Plotin et Proclus les admettaient toutes par respect pour le sentiment religieux, et ils ne fur^it ennemis du christianisme que parce qu'il laissait déjà voir tout ce qu'il pouvait contenir d'esprit d'intolérance et d'exclusion. Sans cela, ils n'amraient pas été embarrassés pour lui trouver une place dans le vaste Panthéon que leur