‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 50 sur 293 · Vo '-.TAIRE, De la paix perpétue II'-, XV · texte numérisé non relu

Vo '-.TAIRE, De la paix perpétue II'-, XV

n'est aucune sortede vertu dequoy il n'ay t laisséde très notables exemples Quant à la justice, il prenoit luy-mesme

la peine d'ouyr les parties : et encore que par curiosité il s'informast à ceux qui se presentoient à luy, de quelle religion ils estoient ; toutesf ois l'inimitié qu'il portoit à la nostre ne donnoit aucun contrepoids à la balance. » Montaigne fait d'ailleurs appel au témoignage de deux contemporains. 4 Nous avons, dit-il, deux bons historiens tesmoings oculaires de ses actions l'un desquels, Marcellinus, reprend aigrement en divers lieux de son histoire, cette sienne ordonnance, par laquelle il deffenditl'escole, et interdit l'enseigner à tous les rhetoriciens et grammairiens chrestiens, et dit, qu'il souhaiteroit cette sienne action estre ensevelie sous le silence. Il est vray-semblable, s'il eust f aict quelque chose de plus aigre contre nous, qu'il ne l'eust pas oublié, estant bien affectionné à nostre party. — Il nous estoit aspre à la vérité, mais non pourtant cruel ennemi : car nos gens mesmes recitent de luy cette histoire, que, se promenant un jour autour de la ville de Chalcedoine, Maris, Evesque du lieu, osa bien l'appeller mescfiant, traistre à Christ, et qu'il n'en fit autre chose, sauf luy respondre : Va misérable, pleure la perte de tes yeux, A quoi l'evesque encore répliqua : Je rends grâces à Jésus-Christ de rrCavoir osté la veuè, pour ne voir ton visage impudent ; affectant en cela, disent-ils, une patience philosophique. Tant y a que ce faict-là ne se peut pas bien rapporter aux cruautez qu'on le dit avoir exercées contre nous. Il estait (dit Eutropius mon austre tesmoing) ennemi de laChrestienté,mais sanstoucherau sang.i> Enfin, laseule et prudente restriction que fasse Montaigne à ces remarques élogieuses, c'est que, « en matière de religion, il estoit vicieux par tout » ; encore se hâte-t-il d'ajouter que ce qu'il reproche précisément à Julien, c'est d'être trop superstitieux, et trop « embabouyné de ]a science divinatrice » *. D admettent d'ailleurs, avec Ammien Marcellin, que la tolérance de Ju-

1. Montaigne, Essais, t. ii, ch. XTX (<^d. Coett»), Paris 1725, p. 404-7.

l'antiquité et le christianisme 71

lien avait été une mesure surtout politique, et se raillait quelque peu de la conversion in articula moriis que lui ont attribuée certains historiens ecclésiastiques.

C'était là d'ailleurs un des points les plus intéressants de la critique de M<mtaigne. Après lui, en effet, Voltaire démontra combien tout d'abord il était difficile d'établir si Julien a vai t été véritablement apostat , car la cruauté de Constance et des raisons d'ordre politique pouvaient expliquer son christianisme apparent du début, et d'autre part, il est étonnant que ses contemporains, amis ou ennemis, n'aient jamais spécifié nettement qu'il avait été chrétien. Et Voltaire rappelait encore que Prudence, le poète chrétien du IV« siècle, a dit de Julien :

Ductor fortissimus armis, Conditor et legum celeberrimus ; ore manuque Consiiltor patriae : sed non consultor habendse Rcligionis ; amans tercentum millia divum, Pcrfid\is ille Deo, quamvis non |)erfidus orbi *.

Condorcet, lui aussi, donna son appui à cette réhabilitation. « On ne pouvait lui reprocher, dit-il en parlant de Julien, que son attachement pour une religion devenue ridicule, un attachement indigne de lui, s'il était sincère, maladroit par exagération, s'il n'était que politique *. »

Mais, lorsqu'on étudia avec impartialité les lettres de Julien, on s'aperçut que non seulement il pratiqua la tolérance, mais encore qu'il en fut un des premiers théoriciens,sinon peutêtre un des plus sincères. Sa modération, il est vrai, n'est pas exempte d'un certain mépris pour les chrétiens. « Je ne veux pas, dit-il, que l'on tue ou que l'on poursuive les Galilcens contre le droit et la justice ; cependant , il leur faut toujours préférer les hommes pieux, les honnêtes gens ^. » « Point d'in-

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