Lettre CXI II, et cf. /. CLXXXV
l'antiquité et le christianisme 19
d'environ 400 personnes) lui a démontré les avantages de ce mode de {Ht>pagande pour l'orthodoxie * ; et ceci n'est pour faire honneur ni à sa perspicacité en matière politique, ni à son équité et à la délicatesse de ses sentiments en matière de morale et de religion. Quoi qu'il en soit.ses prétendues démonstrations n'étaient qu'un tissu de sophismes parfois dangereux, mais parfois aussi puérils, et l'on ne comprend pas que, depuis le V« siècle jusqu'aux controverses du XVIP, nul partisan ou adversaire ne les ait méprisées au point de les passer sous silence.
Souvent Augustin se contente de tourner autour de la question. Par exemple, il reproche aux donatistes de croire lemr doctrine justifiée par les persécutions, car il tient cellesci pour légitimes lorsqu'elles sont exercées par les bons à l'égard des méchants *. « Pharaon et Moïse, dit-il, ont l'un et l'autre persécuté le peuple hébreu, mais le premier par tyrannie, le second par amour. » C'est cette idée, reprise sous mille formes diverses, et dont l'Eglise abusa tant jusqu'à l'avènement de la tolérance, qui constitue toute la justification que révêque d^Hippone peut trouver aux persécutions qu'il approuve. Il s'efforce également d'attribuer à la fameuse parabole de l'Evangile, au « compelle intrare » ^, un sens littéral que Bayle se crut encore obligé de réfuter longuement. Il essaie aussi, avec une étonnante incompréhension, ou peut-être une maladroite subtilité,de présenter le supplice de Jésus, approuvé par Dieu, comme un encouragement aux procédés violents *. Cependant, son arguement favori était l'utilité de l'intolérance pour les persécutés eux-mêmes ; il déclarait, par exemple, que « les blessures d'un ami valent mieux que les baisers trompeurs d'un ennemi », qu'il vaut mieux « aimer avec sévérité que tromper avec douceur » '.