I. Cf. Code théodosien, 1. XVI, titre I« loi II
$2 HISTOIBB DE LA TOLilUKCE RELIGIEUSE
tinien. Des peines direr^es étaient infligées aux hérétiques. raremml la peine de mort, parce que les évêques avaient une profonde horreur du sang ; à eux le soin de décider si une opinion était entachée d'hérésie ; au magistrat séculier celui de vmfier le fiait et de rendre la sentence '. » Par ce dernier procédé, TEglise, imitant la prudence de Ponce-Pilate, pensait faire retomber sur les chefs politiques le sang que l'on répandait au nom de ses doctrines intolérantes.
Ainsi, Tintolérance consciente, bien différente de l'absolutisme instinctif des anciennes théocraties, devenait un des principes du droit dans cet empire d'Orient, où le clergé restait encore Tinstrament du pouvoir civil. Elle devait à plus forte raison obtenir droit de cité chez ces rois ou empereurs du moyen âge, sur lesquels la papauté garda si longtemps une suprématie absolue.
Dès lors, bien des philosophes indépendants, et plus d'un politique, fidèle par ailleurs à l'orthodoxie clirétienne, élèveront la voix pour protester au nom de la liberté de conscience ; mais jamais \m membre de TEglise ne voudra ou n'osera approuver publiquement ces appels à la justice et à l'humanité. Il faudra que plus de treize siècles s'écoulent, et que la tolérance soit entrée dans les mœurs depuis plus de cinquante années, pour qu'un prêtre chrétien, repoussé d'ailleurs par son Eglise, songe à montrer à ses coreligionnaires combien les disciples du GaUléen avaient faussé sa doctrine :
« La foi est fille du Verbe, disait Lamennais : elle pénètre dans les cœurs avec la parole, et non avec le poignard.
« Jésus passa en faisant le bien, attirant à lui par sa bonté, et touchant par sa douceur les âmes les plus dures.
« Ses lèvres divines bénissaient et ne maudissaient point, si ce n'est les hypocrites. Il ne choisit point des bourreaux pour apôtres.^ ^!2S ^
1. Cantu, La Béforme en Italie, les précureeurs (trad. fr.). Paris, 1867, p. 186. !
l'antiquité et le christianisme 83
« Il disait aux siens : « Laissez croître ensemble, jusqu'à la moisson, le bon et le mauvais grain ; le père de famille en fera la séparation sur Taire. »
« Et à ceux qui le pressaient de faire descendre le feu du ciel sur une viUe incrédule : «Vous ne' savez pas de quel esprit vous êtes. »
Et rappelant les lamentations des chrétiens à Rome, Lamennais s'écriait enfin :
« Si vous ne vous souvenez plus des enseignements du Christ, ressouvenez- vous des catacombes \ »
1. Lamennais, Œuvres complètes, Paris 1836-37, Paroles <Vun crf^yarU, XXVIII, in tome xi, p. 106-7.
T . •••rKK II.
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V ^ss v.»>>MW|H^rial
K\>*iu\ «w contraire, songeait à passer du xpu-ituel à une domination effective sur
l'Occident tout entier ou, plus exactement, sur les souverains d'origine barbare dont les conquêtes s'étendaient chaque jour ; elle voulait en un mot asservir l'Etat et non le servir. A cet effet, il lui fallait tout d'abord se débarrasser des hérésies qui « infestaient * encore une moitié de la chrétienté. Au début, elle avait imploré l'aide des empereurs, mais bientôt, elle voulut agir par elle-même. Grégoire le Grand, qui, avant d'être prêtre, avait été préfet de Rome, fut le véritable organisateur de cette lutte de la papauté contre l'hérésie. Dès qu'il fut élu, en 590, au trône pontifical, il comprit de quelle utilité pouvaient être à l'Eglise ces monastères que saint Martin avait introduits en Occident dès la fin du IV« siècle, et qui depuis s'étaient rapidement développés et multipliés. Il vit dans les cénobites, non seulement une véritable armée de convertisseurs, indispensables au triomphe de l'orthodoxie chrétienne, mais encore un moyen d'action politique lui permettant d'exercer une influence efficace même sur les souverains et les peuples lointains, et de leur inculquer le respect de la papauté. De son côté, Grégoire négociait habilement en Italie avec les chefs lombards, et il réussissait à se poser en champion du peuple romain, grâce aux concessions que sa diplomatie obtenait des envahisseurs ; enfin, ses réformes administratives à l'intérieur de Rome habituaient la population à considérer le pape comme le véritable souverain de la cité. Grégoire n'hésitait pas d'ailleurs à s'arroger le pouvoir absolu sur les évêques d'Italie et une suprématie, tout au moins nominale, sur le patriarche de Gonstantinople. Les rapports étaient donc des plus tendus entre Byzance et Rome, bien que le pape s'efforçât d'éviter un conflit avec l'empereur.
Au8si,lor8que la répression de l'hérésie et la suppression des cultes nationaux furent des faits accomplis, ou du moins imminents, lorsque Rome vit son pouvoir solidement établi sur rOccidentjlorsque enfin elle jugea l'empire d'Orient suffisamment affaibli et la plupart des chefs barbares prêts à succomber devant une intervention énergique, elle songea à
créer un nouvel empire d'Occident, dont le chef serait redevable à r Eglise de son titre et de sa puissance, et se soumettrait aux volontés du pouvoir spirituel. Toutefois, il fallait auparavant rompre les liens si faibles qui reliaient encore la papauté aux empereurs d'Orient. Or, précisément, l'hérésie des iconoclastes, qui était apparue dès le règne de l'empereur Zenon, se trouvait si puissante trois siècles plus tard, que l'empereur Léon l'Isaurien la fit approuver solennellement par le concile tenu à Constantinople en 730. Se basant sur certains préceptes de la loi mosaïque, et suivant d'ailleurs l'exemple de plusieurs prêtres orthodoxes du IV^ siècle, Léon regardait le culte des images et les mille pratiques superstitieuses qui en résultaient comme une véritable idolâtrie ; il voulut, « à la persuasion de quelques évêques, dit Voltaire, déraciner l'abus ; mais, par un abus peut-être plus grand, il fit effacer toutes les peintures;il abattit les statues et les représentations de Jésus-Christ avec celles des saints. En ôtant ainsi tout d'un coup aux peuples les objets de leur culte, il les révolta ; on désobéit, il persécuta ; il devint tyran parce qu'il avait été imprudent '. * Le pape Grégoire II, ayant voulu protester et argumenter, Léon l'Isaurien chercha à le faire arrêter, et l'Italie entière fut bouleversée par cette querelle ; l'empereur échoua, d'ailleurs, et i] en fut de même lorsqu'il s'attaqua au nouveau pape Grégoire III, qui frappait d'anathème les iconoclastes, mais n'osait pas cependant désigner expressément l'empereur ; l'excommunication, il est vi'ai, n'était pas encore établie dans cette Eglise à peine libérée de la domination impériale. La lutte se poursuivit sous Constantin Copronyme et ses successeurs, et, bien que le schisnie définitif entre l'Eglise grecque et l'Eglise romaine n'ait été provoqué et consommé, en réalité, que par l'excommunication de Photius en 862, et celle de Celarius en 1053, c'est, à vrai dire, de la question des images que Ton peut dater la rupture entre la papauté et