Voltaire, Essai sur les mœurs, ibid
En Egypte, les prêtres, après avoir régné seuls pendant une longue suite de siècles, à Tépoque préhistorique, conservèrent encore sous les pharaons un prestige réel et une autorité presque égale à celle des souverains. Grâce à l'hérédité et aux privilèges, leur caste s'enrichissait malgré le nombre Hans cesse croissant de ses membres. « Instruits, mais pour eux seuls, ils se gardaient de propager les lumières qui, concentrées en leurs mains, assuraient leur autorité. Toute leur action au dehors se bornait à renfermer chaque homme dans sa classe, chaque classe dans sa fonction propre, et l'Etat dans la routine * . » Voltaire exagérait peut-être en disant que, sous leur influence, le peuple « s'abrutit et se déshonora par des superstitions barbares » * ; mais c'est probablement par leur faute que l'Egypte devint insociable, c'est-à-dire intolérante vis-à-vis des autres nations : le despotisme théooratique a toujours redouté les innovations, surtout lorsqu'elles pouvaient diminuer l'ignorance des peuples qu'il oi>primait. Cette puissance de la caste sacerdotale sur l'opinion était assez considérable encore, même après la domination tyrannîque des Perses, pour que les Ptolémées aient jugé utile d'étayer leur autorité sur le clergé national en accordant à celui-ci de nombreux privilèges.
Cette domination absolue du prêtre sur la vie privée et publique de toutes les classes de la société n'était pas spéciale à l'Egypte. Elle s'exerçait aussi en Mésopotamie : le guerrier assyrien, attribuant ses victoires à la protection des ses dieux, s'inclinait superstitieusement devant les Chaldéens, qui furent des savants peut-être, mais à coup sûr des imposteurs, et auxquels la crédulité humaine est redevable de ces deux inventions si favorables à la persistance des erreurs et des préjugés : la magie et l'astrologie. Plus tard, en Perse, ce sera la caste des Mages qui pervertira le culte iranien, lequel se passait de temple et d'autel, car, dans le