Cf. Voltaire, La, Princesse de Babylone, VI
L'ANTIQUITK et le CHRISTIANrSME 17
principe, il n'avait d'autre objet que la purification de l'âme ; ils rendront ce culte plus complexe, plus matériel, et, ce qui est encore plus important, ils transformeront cette religion familiale pour ainsi dire ou individuelle en un culte public, minutieux et solennel ; par suite, ik se rendront indispensables et acquerront ainsi une suprématie absolue sur la population entière. Et dans l'Inde, il n'en est pas autrement : le culte d'Indra, la libation familiale sur l'autel d' Agni qui suffisait à la primitive religion védique, ne piurent conserver cette simplicité ; le prêtre apparut,et la caste des brahmanes, puissamment hiérarchisée, conserva dans les lois de Manou sa prépondérance, non seulement morale, mais encore et surtout politique, sur le peuple hindou. A la société brahmanique, comme au royaume d'Egypte, on peut appliquer cette formule strictement mais douloureusement exacte : « Ils duraient à la condition de ne pas vivre *. » Lorsque survint un réformateur, lorsque, au nom d'une « doctrine de miséricorde », le Bouddha Gautama, moraliste et prophète sans dieu, voulut émanciper les Hindous de l'oppression tyrannique des brahmanes, il ne leur conseilla que la tendance au Nirvana, car leur servitude les avait habitués à désespérer de la vie.
Mais, quels que fussent les cruautés et le despotisme des théocraties primitives, on ne rencontre pas chez elles la véritable intolérance reUgieuse, reprochant à l'individu telle ou telle croyance pour d'autres raisons que la raison d'Etat.
Tout d'abord, « on ne vit jamais d'hérésies chez les anciennes religions, parce qu'elles ne connurent que la morale et le culte », tandis que, «dès que la métaphysique fut un peu liée au christianisme, on disputa,et de la dispute naquirent les différents partis, comme dans les écoles philosophiques » ^. Les théocraties anciennes, en effet, ne subtilisaient pas sur les dogmes, et, d'autre part, elles ne cherchaient pas à sur-