C. C-ANTU, op. cit., p
à la révolte les sujets des souverains contre lesquels elle luttait. « Les rois, dit encore César Cantu, étaient choisis à la condition sous-entendue qu'ils se montreraient dignes de la couronne, c'est-à-dire se conformeraient à la morale, qui était pour eux la même que pour tous autres. Cette condition était sanctionnée par le jugement d'un arbitre suprême ; quand cet arbitre déclarait que la condition avait été violée, les peuples cessaient d'obéir, et le roi indigne était frappé d'une peine toute morale, de l'excommunication, qui mettait hors de la communion de prières lui, le coupable, et avec lui les personnes ou provinces qui lui gardaient obéissance *. * Mais, si l'on songe au rôle infime que jouait alors le peuple, on s'aperçoit que ce fut surtout l'aristocratie féodale qui obtint l'appui de la papauté contre les empereurs : aussi les maisons de Saxe et de Souabe vinrent-elles en aide à Grégoire VII, lorsqu'il excommunia Henri IV. D'autre part, l'humilité ou, si l'on préfère, l'effroi avec lequel celuici vint se soumettre à Canossa, montre bien que le pouvoir spirituel n'avait rien à craTndre,et que le débat roulait exclusivement sur la question du pouvoir temporel ; dans ces conditions, à moins d'admettre les sophismes des apologistes irréductibles de l'Eglise, on doit convenir, ou bien que celleci craignait pour l'avenir de la foi,et ne voyait d'autre moyen d'y remédier qu'en assurant son autorité morale par une suprématie politique absolue et illégitime, ou bien que ses prétentions sur le domaine temporel n'étaient qu'une visée ambitieuse, sans prétexte avouable et, à plus forte raison» sans justification possible. En l'un ou l'autre cas, l'empire apparaissait comme le représentant d'une liberté, toute relative évidemment, mais qui cependant aurait pu, en principe ^ devenir favorable à la tolérance religieuse. C'était là, chez les empereurs allemands, comme une survivance de cet amour de l'indépendance personnelle que les Barbares avaient « importé et déposé dans le berceau de la civilisation
moderne ♦ '. Malheureusement, ce sentiment, cet amour de la liberté, était tout individuel, c'est-à-dire égoïste, et n'interdisait pas à l'empire le despotisme à l'égard de ses sujets. Le concordat de Worms , signé en 1 100 par Henri IV «t le pape Calixte, ne tranchait pas simplement une question de cérémonial, comme le dit un peu légèrement Voltaire, car, en racceptant,le pape refusait bien à l'empereur le droit d'investiture, mais, par contre, il reconnaissait son droit de contrôle sur les élections et sa suzeraineté sur les fiefs ecclésiastiques ; or c'étaient là d'importantes concessions que Grégoire n'eût jamais consenties. Mais, au point de vue de la liberté de conscience, quelle importance avait ce traité ? Il est trop visible qu'il n'en avait aucune. C'est à son sujet que l'on peut rappeler cette remarque de Marillier : « Les concordats peuvent être entre les mains de l'Etat les plus parfaits instruments de domination; ils peuvent être aussi des contrats réciproques de tyrannie passés entre l'Eglise et l'Etat ; c'est alors aux dépens des cultes dissidents, aux dépens de la liberté de penser, qu'on a signé le contrat . » Au moyen âge, lui concordat ne pouvait être que l'alliance de deux tyrannies.
La lutte d'ailleurs ne s'en tint pas là. Comme le dit Michelet, « rien ne réconciliera l'esprit et la matière, la chair et l'esprit, la loi et la nature * \ I^e débat se rouvrira bientôt, mais auparavant une nouvelle force se sera manifestée: l'esprit des républiques antiques s'était réveillé dans les cités italiennes,et cette révolution s'accomplit à Rome même en 1144, sous Timpulsion d'Arnoldo de Brescia, cet élève d'Abeilardqni avait quitté la cuirasse pour le froc. Que firent les deux adversaires de la veille et du lendemain, le pape et l'empereur, lorsqu'ils virent leurs projets respectifs entravés par ces tentatives républicaines ? Ils conclurent une alliance,
1. Cf. GuizOT, Histoire générale de la civiliêcUion en Europe, IP leçon.