Cantu. op. cit., p
être, cependant, Frédéric, en raisonnant son opposition à TEglise romaine, et en ne la basant plus exclusivement sur des motifs d'ordre politique, indiquaît-il le chemin à Luther? Toutefois, le schisme qu'il réclamait était encore plutôt politique que religieux. Voltaire dit même, ce qui est peut-être exagéré, que la reUgion n'eut absolument rien à voir en ce débat : « Les divisions entre Frédéric et le Saint-Siège, dit-il en effet, n'eurent jamais la religion pour objet, et cependant les papes l'excommuniaient, publiaient contre lui des croisades, et le déposaient '. * De même qu'Henri VlIT, au XV!** siècle, Frédéric II, tandis qu'il combattait en Italie la papauté, brûlait en Allemagne les hérétiques.
Enfin, en 1274, Rodolphe de Habsbourg, pauvre comte d'Argovie élu empereiu* d'Allemagne, jugea prudent devenir au concile de Lyon offrir toute satisfaction à la papauté. Rome accepta, elle reconquérait ainsi son pouvoir sur l'empire déchu, mais elle cessait de représenter l'indépendance italienne dans sa lutte contre la domination impériale. D'ailleiu*s, l'axe de l'Europe politique se déplaçait : la France et l'Angleterre prenaient la première place, abandonnée par l'Allemagne. Mais, que ce fût à l'ouest ou au nord de l'Europe, nulle part les souverains ne semblaient favorables à la liberté de conscience, et toujours ils restaient orthodoxes fanatiques, même lorsqu'ils étaient en lutte avec la papauté poiu* des raisons d'ordre poUtique.
Un nouveau conflit à propos du pouvoir temporel devait en effet éclater bientôt entre le plus exigeant des papes, Boniface VIII, l'auteur du VI^ livre des Décrétales et des fameuses bulles Clericis laicos et Unam sanctam, et le plus indépendant, mais aussi le moins scrupuleux des rois de France, Philippe le Bel. Les papes durent céder ; ils furent même contraints à venir habiter Avignon, et l'Eglise devint l'instrument à peu près passif de la royauté française. Mais tout ce qui, dans la chrétienté, n'était pas français ou allié