‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 65 sur 293 · Vos^TAiRE, Essai sur les mœurs, ch. LU · texte numérisé non relu

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à la France, protesta contre cette transformation du christianisme en simple religion d'Etat : c'est ainsi qu'éclata le grand schisme d'Occident.Sur cet événement en lui-même et sur les conséquences qu'il devait avoir, nous nous en tiendrons à cette simple remarque, qu'on a souvent voulu voir en lui. et non sans raison, la cause principale de l'hérésie de Wiclef et de Jean Huss, ces précurseurs indéniables de la réforme. Mais ce qu'il faut noter avant tout, c'est que, pendant son alliance avec la papauté comme pendant sa lutte contre elle, la royauté française, aussi bien que l'Europe entière, fut intolérante. Il y eut s;ins doute au moyen âge, comme nous nous efforcerons de le démontrer, des penseurs tolérants et quelques défenseurs de la liberté de consscience ; mais la tolérance civile resta toujours insoupçonnée de la politique médiévale.

L'intolérance étant le principe fondamental de la société au moyen âge, il ne peut entrer dans notre plan d'en exposer les manifestations, même les plus importantes. Nous allons donc rechercher simplement par quelles excuses le fanatisme tenta de se justifier, et, d'autre part, en quoi ses excès mêmes contribuèrent à l'éclosion de Tidéede tolérance.

Il faut, semble-t-il, distinguer trois périodes dans cette lutte de l'Eglise pour l'unité chrétienne. Dans la première période, l'énergique campagne organisée par Grégoire le Grand avec l'aide des monastères aboutit à un apaisement relatif, car les derniers représentants du manichéisme, Cathares et Patarins, dont on ignorait, à vrai dire, les doctrines réelles (ce qui avait permis de justifier les massacres par des calomnies), se trouvaient repoussés et cernés dans les vallées les plus inaccessibles des Alpes et des Cévennes. L'Eglise profita alors de cette trêve momentanée pour s'attaquer à un autre danger : l'islamisme. En un siècle, cette religion, si étroitement unie à une politique conquérante, avait envahi,

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en Afrique et en Asie, d'immenses territoires; l'Espagne lui appartenait et les musulmans avaient même menacé la France ; le cliristiMiisme, non content d'arrêter l'invasion, voulut combattre les infidèles jusque dans les pays soumis à leur domination : c'est dans ces croisades que nous voyons le second stade de la lutte de l'Eglise en vue d'établir son universalité, bien que le rêve de conquérir le monde musulman tout entier n'ait sans doute été admis que par les plus exaltés. Enfin, dans la troisième période, après son échec en Orient, la papauté, voyant son pouvoir spirituel sur l'Occident sérieusement menacé par le réveil des hérésies, organise de véritables croisades au sein même de la chrétienté.

Delà première période il ne se dégage aucune conclusion importante. L'Eglise mettait simplement en pratique les principes d'absolutisme pour lesquels l'empire d'Orient lui avait créé des précédents. Encore avait-elle la prétention de se conformer absolument aux apologies de la liberté de conscience qu'avaient faites les premiers Pères, au temps où ils ne pouvaient, par d'autres moyens, résister à l'opposition des pouvoirs publics. Et peut-être le raisonnement de l'Eglise était-il absolument irréfutable pour tout chrétien convaincu. Si.en effet, l'autorité ecclésiastique est l'unique dépositairede la vérité religieuse, n'a-t-elle pas le droit de chercher, par tous les moyensd'intimidation possibles, à ramener les égarés dans la voie qui seule peut les conduire au salut ?^n voit à quels excès logiques le dogmatisme et l'exclusivisme religieux pouvaient conduire les croyants ; il semblera donc tout naturel que les premiers progrès de l'idée de tolérance soient dus plus encore aux doctrines relativistes qu'aux apologies de cette notion ou bien encore au réveil du rationalisme antique. D'ailleurs, ces sophismes, dignes de saint Augustin constituaient une faible défense, eu égard à la ^ cruauté des persécutions organisées par l'orthodoxie. La sanction habituelle des poursuites contre les hérétiques n'était rien moins en effet que la peine de mort. Le Miroir de Scmabe, constitution de l'antique Germanie, après avoir

affirmé la suprématie du pape sur l'empereur, stipulait formellement que les hérétiques devaient être traduits devant les tribunaux ecclésiastiques et séculiers,et que la condamnation, inévitable d'ailleurs, entraînerait pour eux le supplicedu bûcher. « Tout prince qui ne punit pas les hérétiques est excommunié, et si, dans l'espace d'un an, il ne vient pas à résipiscence, le pape le privera de ses fonctions souveraines et de toutes ses dignités *. > Le quatrième concile de Latran, qui se réunit en 1215, ne fut pas moins affirmatif ; le troisième canon du Concile disait en effet : « Nous excommunions aussi des croyants les hérétiques, leurs receleurs et leivs fauteurs ; en sorte que, s'ils ne satisfont pas dans l'an depuis qu'ils auront été notés, dès lors ils seront infâmes de plein droit, et, comme tels, exclus de tous offices ou conseils publics, d'élire les officiers,porter témoignage, faire testament ou recevoir une succession. Persomie ne sera obligé de leur répondre en justice, et ils répondront aux autres. Si c'est un juge,la sentence sera nulle,et on ne portera point de causes à son audience ; s'il est avocat,il ne sera admis à plaider ; s'il est tabellion, les actes dressés par lui seront nuls, et ainsi du reste Les clercs ne leur donneront ni les sacrements ni la sépulture ecclésiastique...* ^ Encore cette traduction de l'abbé Fleury est- elle inexacte, car le concile ordonnait expressément l'extermination des hérétiques ^ On peut se demander comment l'Eglise cherchait à justifier cet emploi de la peine de mort : supposait-elle que le

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