‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 66 sur 293 · Cf. César Cantu, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. César Cantu, op. cit., p

2. Abbé Kleury. Histoire ecclésiastique, 1. LXXVII, fh. XLVII.

3. « Sttint Thomas d'Aquin, dit J. Simon {op. cit., p. 115, note), s'est servi de la même expression ; « Siadhuc pertinax iuveniatur (hereticiis), « Ecclesia de ejus conversione non sperans, aliorum saluti provide t, eum < ab ecclesia separando per excominimicationis sententiam, et nlteriun « reliacjuit eum judicio seculari a mundo exterminandum per mortem. i^ {Summa TKeologica aecunda ê€cunda\ qna^Ht. XI, art. 3.) Il dit plus loin : « Meruenmt non solum ab Kcclosia per exeommimicationcm se- « parari sed etiam per mortem a mundo excludi. »

Pour le texte latin du troisième canon du concile de Latran, cf.. DécrélaUs de Grégoire IX, 1. V. titre VX. cïu XIII.

supplice rachetât les péchés des victimes ? Certains de ses défenseurs ont proposé cette exphcation ; mais il n'est nullement prouvé qu'elle soit exacte,abstractionfaitede toute considération sur la valeur d'une telle excuse. Voltaire a rappelé avec une légitime indignation ces tentatives d'interprétation plus méprisables qne le crime lui-même : « Sur quel fondement, dit - il, parvint-on enfin à faire brûler, quand on fut le plus fort, ceux qui avaient des opinions de choix ? Ils étaient sans doute criminels devant Dieu, puisqu'ils étaient opiniâtres. Ils devaient donc,comme on n'en doute pas,être brilles pendant toute l'éternité dans l'autre monde. Mais pourquoi les brûler à petit feu dans celui-ci ? Ils représentaient que c'était entreprendre sur la justice de Dieu, que ce supplice était bien dur de la part des hommes ; que, de plus,il était inutile, puisqu'une heurede souffrance ajoutée à l'éternité est comme zéro. — Les âmes pieuses répondaient à ces reproches que rien n'était plus juste que de placer sur des brasiers ardents quiconque avait une opinion choisie ; que c'était se conformer à Dieu que de faire brûler ceux qu'il devait brûler lui-même, et qu'enfin, puisqu'un bûcher d'une heure ou deux est zéro par rapport à l'éternité, il importait très peu qu'on brûlât cinq ou six provinces pour des opinions de choix, pour des hérésies *. »

Deux interprétations possibles subsistent en effet, et toutes deux probablement doivent être admises. D'une part, l'Eglise, se constituant en corps politique, en vint naturellement à considérer l'hérésie comme une perturbation de l'ordre public, comme une atteinte directe à la base la plus importante, à son avis, de l'organisation sociale ; aussi se croyait-elle en droit de détiiiire les hérétiques comme des rebelles dangereux, et leur apphquait-elle simplement les lois sévères de l'époque. D'autre part, s'il ne faut pas affirmer catégoriquement,avec Voltaire, que « tous ceux qui ont immolé d'autres hommes pour avoir eu des opinions con-

). Voltaire, Dictionn. philoa., art. « Hérésie ^, I.

traires aux leurs n'ont pu les immoler qu'à Dieu » *, on peut cependant voir dans ces supplices d'hérétiques comme une réminiscence des sacrifices humains que pratiquèrent en particulier les Phéniciens et les Hébreux. C'est peut-être autant par cette survivance de l'idolâtrie antique, par cette raison d'ordre religieux, que par des motifs d'ordre politique, qu'il faut expliquer des cruautés de l'Eglise au moyen âge ; car, en ce qui concerne le point de vue politique, les empereurs d'Orient lui avaient enseigné depuis longtemps la pratique de l'intolérance ; elle n'avait eu qu'à suivre leur exemple. D'ailleurs, le Saint-Empire lui-même s'était montré plus acharné peut-être que le pape dans la répression des hérésies ; on possède en particulier deux lettres bien caractéristiques de l'empereur Frédéric II, où il reproche à Grégoire IX de ne pas poursuivre les hérétiques avec une ardeur suffisante *, et l'on sait que ses prédécesseurs et successeurs au trône impérial, et plus particulièrement Fi'édéric Barberousse, furent toujours d'accord avec la papauté, au moins sur ce point : la nécessité de réprimer l'hérésie par les peines temporelles les plus sévères. L'intolérance des rois de France devait, elle aussi, encourager l'Eglise : Voltaire a rappelé comment le « bon roi » Robert, excommunié par Rome, n'en prenait pas moins plaisir à voir brûler les hérétiques^. Michelet nous apprend aussi que, sous Philippe- Auguste, « les blasphémateurs, les hérétiques furent impitoyablement Uvrés à l'Eglise et reUgieusement brûlés » *.

En parlant du clergé à cette époque, Jules Simon a dit : « Tout se réunissait pour le rendre ennemi des innovations : son institution, puisqu'il se considérait comme le dépositaire de la vérité complète et inaltérable ; son amour pour l'humanité, car, selon l'Eglise, il suffisait d'une erreur grave sur

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