Cf. ibidem
3. Voltaire, ihid. — Michelet, loc. cît , p. S, note 1. f. Cf. Voltaire, Essai sur les mœurs, ihid.
lorsqu'un juif était condamné à mort, on prenait bien soin de le pendre entre deux chiens. C'était l'unique grâce que le monde chrétien du moyen âge pût accorder à des dissidents que de les placer au rang des bêtes ; encore les juifs devaientils s'estimer heureux de ce mépris, qui leur évitait, sauf en des circonstances exceptionnelles, le bûcher des hérétiques.
Les rois de France comprirent bien tout le parti qu'ils pouvaient tirer de cette haine unanime. Philippe-Auguste, dès son avènement, chasse les juifs de Paris et les dépouille de leurs biens. « C'était,dit Michelet,dans l'opinion du temps, une profession de piété, un soulagement pour les chrétiens *. > 11 en résulta pour le nouveau souverain une popularité facilement acquise et, pour le trésor royal, une encaisse importante. Philippe le Bel, toujours à court d'argent, utilisera le même procédé. Son fils, Louis le Hutin, leur accordera le droit de rentrer en France pour une durée de douze ans, mais moyennant l'abandon au roi des deux tiers de leurs créances : encore sera-ce en vue d'ime confiscation future. Peu après, les juifs seront massacrés par les pastoureaux, puis accusés d'avoir empoisonné les fontaines, d'accord avec les lépreux^! Jean le Bon leur vendra encore un séjour de vingt années; mais, bientôt, la protection intéressée des rois leur fait elle-même défaut : ils sont expulsés de France par Charles VI en 1324, et, vers la même époque, l'inquisition espagnole, nouvellement établie, commence à brûler des juifs, à défaut d'hérétiques; puis Ferdinand et Isabelle, délivrés du joug des Arabes, accusent les cent cinquante mille juifs installés en Espagne d'avoir accaparé toute la richesse du pays et ils en profitent pour les expulser après les avoir dépouillés.
Les juifs, au moyen âge, payèrent donc chèrement le droit de vivre sans être chrétiens.
Cependant, un autre peuple, une autre reHgion menaçait plus sérieusement la chrétienté : c'était l'islamisme. On sait
1. MicHELET, Hiet. de France, 1. IV, ch. V, in t. ii. p. 426.
2. MiCHELET, Hist. de France, 1. V, ch. V, in t. iv, p. 143 sq.
comment Mahomet réussit à constituer un peuple en centralisant en ses propres mains la domination sur toutes les tribus arabes,et à fonder une religion en vivifiant les germes de monothéisme qui subsistaient, dispersés,dans les cultes simplement associés de ces peuplades. On sait aussi avec quelle rapidité se répandit cette religion et s'accrut l'empire arabe. On sait enfin à quel degré de civilisation élevée parvint ce peuple au moment où les Barbares d'Europe, après avoir détruit le monde antique, ne concevaient encore qu'une vie matérielle et brutale ; leur seul idéal était de conquérir de riches territoires, et surtout de guerroyer sans cesse ; car peut-être la cupidité était-elle pour eux un motif moins puissant que le goût des aventures.
Ce qui touche de plus près à notre sujet, c'est la question de savoir dans quelle mesure le prophète et ses successeurs furent tolérants. Et, à ce propos, il nous semble intéressant d'examiner en particulier les suppositions émises par Voltaire dans la tragédie qu'il eut l'habileté ou, si Ton préfère, l'audace de dédier au pape Benoît XIV.
Pour Voltaire, Mahomet ne fut d'abord, aux yeux des Kouriûshites, ses adversaires, qu'un simple rebelle, un i vil séditieux » *. Ecoutons d'ailleurs le traditionnel monologue où Mahomet expose ses projets :
Je suis ambitieux : tout homrag Test, sans doute ; Mais jamais roi, pontife, ou chef, ou citoyen. Ne conçut un projet aussi grand que le mien.
Chaque peuple à son tour a brillé sur la terre, Par les lois, par les art«, et surtout par la guerre : 1-e temps de l'Arabie est à la fin venu.
Ce peuple généreux, trop longtemps inconnu.
Laissait dans les déserts ensevelir sa gloire ; Voici les jours nouveaux marqués pour la victoire...
En Egypte Osiris, Zoroastre en Asie,
Chez les Cretois Minos, Numa dans Tltalie,