‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 8 sur 293 · J. Simon, op. cit., p · texte numérisé non relu

J. Simon, op. cit., p

2. Voltaire, Dictionnaire philosophif/ne, nrt. * Héivsie », § 1.

prendre et à régenter la pensée intime de leurs sujets ; elles 4t se contentaient de réglementer la conduite extérieure des hommes » * . En un mot, leur prétendue intolérance n'était que de Tabsolutisme. D'ailleurs, les dieux étaient nationaux, et, comme il semble qu'à cette époque, les peuples aient complètement et spontanément abdiqué leurs droits intellectuels et moraux entre les mains de ceux qui les gouvernaient, il est tout naturel que la nation entière ait été facilement d'accord sur le choix des dieux tutélaires et sur le culte qu'on leur devait rendre. Quant aux étrangers, s'ils venaient en conquérants, ils respectaient en général les croyances nationales ; s'ils venaient en qualité d'hôtes, ils s'inclinaient naturellement devant les règlements religieux comme devant toutes les autres lois civiles.

Par conséquent, on ne pouvait attenter à la Uberté de conscience chez ces nations, puisque, dans ce régime théocratique, il n'y avait pas de vie intellectuelle en dehors des classes gouvernantes, puisqu'elles ignoraient en réalité la conscience religieuse.

L'histoire du peuple hébreu, à ce point de vue, est pour nous particuUèrement intéressante : n'est-ce pas en Israël que naquit en efîet le christianisme, réaction contre le despotisme sacerdotal des théocraties antiques et première révélation du sentiment rehgieux tel que le comprennent les temps modernes ?

Après de longs tâtonnements, et sous la pression de Moïse, réformateur plus politique que religieux, les Israé- Utes choisirent un dieu national, non pas unique, mais prépondérant, parmi les nombreuses divinités d'Egypte et de Chanaan que révérait leur polythéisme primitif. Cette réf orme,ce choix de Yahveh comme « dieu des Hébreux »,n'était

l. Letourneau, L'évolution de la morale, PariB, 1894, 2^ édit, p. 369.

l'antiquité et le christianlsme 19

d'ailleurs que Textension à la nation entière d'une coutume depuis longtemps établie dans les diverses tribus ; il est même certain que Yahveh ne fut d'abord qu'une divinité toute locale K La loi dite mosaïque, qui consacra dans la suite cette transformation du dieu de quelques-uns en protecteur de tous, fut en réalité le code religieux, politique et social d'Israël.

Le sacerdoce, qui était l'apanage de la tribu de Lévi, prit une place prépondérante dans le gouvernement ; les Juges, chefs militaires et dictateurs sans dynastie, restèrent absolument subordonnés aux prophètes, c'est-à-dire à la puissance sacerdotale modifiée et rendue plus étroite par une tendance naissante à l'exclusivisme religieux. Quant à la royauté, sa domination éphémère ne put enlever aux grands prêtres leurs privilèges.

Or cetteorganisation politique fut despotique et entraîna plus d'une fois des massacres, soit de populations voisines, soit même de tribus israélites révoltées contre la tyrannie des prêtres ou des juges \ Mais ces faits se produisirent surtout au moment où Yahveh obtint la suprématie; il s'agissait d'organiser la nation israélite, et ce monothéisme très relatif n'était qu'un moyen de centralisation poUtique.

Locke, dans sa Lettre sur la tolérance ^, a fort bien déterminé les caractéristiques de la reUgion juive à ce point de vue. A son avis, il était impossible aux Hébreux de séparer l'Eglisede rEtat,le régime était nécessairement théocratique; c'est pourquoi ceux qui, après avoir accepté le culte de Yahveh, l'abandonnaient, étaient alors condamnés pour crime de trahison ou de lèse-majesté. « Les lois, dit-il, qui prescrivaient à cette nation le culte d'un seul Dieu, toutpuissant et invisible, étaient pohtiques, et faisaient partie

1. J. SouBY, Etudes historiqueê sur les religions. Us arts, la civili' aation de VAsie antérieure et de la Grèce, Paris, 1877, p. 40.

Page 1