Ibid,, acte V, se. IV
législateur dee masulmans, homme puissant et terrible, étabUt ses dogmes par son courage et par ses armes ; cependant, sa religion devint indulgente et tolérante. L'instituteur divin du christianisme, vivant dans l'humilité et dans la paix> prêcha le pardon des outrages ; et sa sainte et douce religion est devenue, p€u* nos fureurs, la plus intolérante de toutes et la plus barbareV »
Bayle déclare bien aussi que Mahomet fut un politique ambitieux, dont la sincérité religieuse est au moins sujette à caution ; mais il s'empresse d'ajouter « qu'il ne faut point imputer aux gens ce qu'ils n'ont point fait », ni « fomenter la haine du mal en le décrivant (Mahomet) plus noir et plus haïssable qu'il ne l'est effectivement » *.
Ce qu'il y a d'exact dans les affirmations de Voltaire, c'est tout ce qui a trait à la conduite des musulmans envers les peuples soumis à leur domination. En Espagne, en particulier, ils tolérèrent la religion nationale, mais firent de nombreuses conversions parmi ces populations qui, d'ailleurs, avaient longtemps hésité entre l'orthodoxie prêchée par les uùsHionnaii*es romains et l'arianisme des conquérants wisigoihs. Au XII* siècle, lorsque Alphonse VI. roi de Castille, prit Tolède, il dut promettre aux Maures la liberté de reli- V[iv>u. Mais, à la fin du XV® siècle, après que Boabdil eut été Nuiuvu et (înmade prise par Isabelle de Castille et Ferdiuuuil d'Aragon, les musulmans n'eurent plus rien à espérer d^\s ohivtiens.
U'autre part, où Voltaire se trompe, c'est lorsqu'il croit vv.ut uue opposition entre les procédés de Mahomet et ceux vU^ >ic^ smTt\Hseurs ^, Si l'Islam fut la religion «la plus simple dikn\ U'A iU>gu\es, la moins absurde dans ses pratiques, la v^u,. iv»Uiuute dans ses principes * *, comme l'a dit Con-
\t«.« i \n»> , ^\vt4«i uur Itê ma'urSf ch. vu. ,\ • \\.'., '^ ^.^^HHK^n-if philomphique, t. III, article « Mahomet»,
\ \- i\ .%, \xv*«,4. »i,^' tiit mtriirtf, ch, XXVII et XLIV.
ft \\ V svn, »v t*v-v^\ M^t firtiffrès dt Veaprit humain, p. 132.
dorcet, avec moins d'exagération qu'on ne le pourrait croire, c'est que son fondateur lui-même eut, au point de vue religieux, une doctrine simple, morale et tolérante. Il est plus facile d'affirmer, en efFet, lorsqu'il s'agit de Mahomet que lorsqu'il s'agit de Jésus : le livre sacré de l'Islam n'est pas constitué de récits plus ou moins exacts ; il est l'œuvre même du prophète, et les surates du Koran, si l'ordre en a peut-être été modifié, nous sont du moins parvenues telles que Mahomet lui-même les a rédigées; d'autre part, la vie du prophète a été connue, lorsqu'on a eu fait la part de la supercherie et stirtout de l'illusion dans certains épisodes d'apparence fantastique. Car, il faut en convenir, si Mahomet, ayant affaire à un peuple moins avide de miracles que le peuple hébreu, se contenta d'être prophète sans devenir thaumaturge, du moins se crut-il obUgé, en certaines circonstances, d'agir sur les esprits parde véritables impostures; mais encore fautil se demander si l'enthousiasme religieux du prophète n'a pu souvent se transformer en un véritable délire peuplé d'hallucinations auxquelles se réduiraient une bonne part des supercheries qu'on lui impute. Mahomet fut «un homme doux, sensible, fidèle, exempt de haine » . Si l'on veut apprécier sa réforme comme elle mérite de l'être, il faut relire le Koran, qui est d'ailleurs le chef-d'œuvre de la littérature arabe, mais qui, d'autre part, à côté de principes politiques souvent eonte8tables,renferme des maximes de la plus haute élévation morale. Car, si Mahomet n'a pas prêché, comme Jésus, le pardon de l'injure, faut-il en faire pour cela un despote cruel ? En somme, elle aurait pu devenir plus humaine peut-être que la morale du Christ et la métaphysique de ses successeurs, cette doctrine qui enseignait que «le paradis est aux pieds des mères ». Il semble enfin que Mahomet ait eu pleinement conscience de ce fait que l'universalité d'une religion est toujours relative ; il laissa assez de lar-
1. Cf. Renan, Etudes tT histoire religieuse {l^ série), {Mahomet et les origines de V islamisme).
geurà sa doctrine pour qu'elle pût convenir à toutes ces tribus dont il voulait constituer un peuple ; souvent même, il dut faire des concessions pour obtenir certaines conversions. Mais, précisément à cause de cette souplesse de sa doctrine il jugea qu'il pourrait traiter en ennemis les idolâtres et les renégats ; encore les conversions par le glaive furent-elles rares et n'eurent-elles lieu, pour la plupart, qu'après sa mort. Pour lui, vivre bien et croire en un Dieu unique, telle était en somme la seule condition indispensable pour le salut ; tout le reste n'était qu'une question d'ordre politique. Enfin, si l'on veut se convaincre que Mahomet fut tolérant, il suffit de se rappeler ces deux surates du Koran, bien souvent citées: <uCeux qui croient et qui suivent la religion juive, les chrétiens et les sabéens, c'est-à-dire quiconque croit en Dieu et au jour dernier, et aura fait le bien, tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur. La crainte ne descendra pas sur eux et ils ne seront point affligés V» — « Point de contrainte en religion, la vraie route se distingue assez de l'erreur. Celui qui ne croira point aux idoles et qui croira en Dieu aura saisi une anse solide, qui ne se rompra pas *. »
Si Voltaire lui-même s'est encore illusionné quelque peu sur le véritable caractère de Mahomet, on conçoit combien le fondateur de l'Islam fut mal connu du monde chrétien au moyen âge.L'Eglise romaine supportant difficilement qu'une autre religion ait pu s'établir, prospérer et se répandre sur un territoire deux fois au moins plus étendu que la chrétienté, on en concluait que son fondateur ne pouvait être qu'un simulateur habile, et surtout un conquérant dangereux. C'était là l'opinion des clercs ; mais, pour la foule, ignorante et superstitieuse, le prophète était surtout une sorte de dé-