‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 72 sur 293 · Cf. ibidem · texte numérisé non relu

Cf. ibidem

2. Voltaire avoua d'ailleurs plus tard qu'il s'était trompé et t\ .ait peint Mahomst « beaucoup plus méchant » qu'il ne le fut. Cf. Voltaire, Commentaire historique sur les œuvres de V auteur de la Henriade.

LE MOYEN AGE ll.i

mon, un 8upi)ôt de Satan, dont elle dénaturait plus ou moins le véritable nom : Mohamed, et qu'on ne savait trop comment se représenter, d'ailleurs : la meilleure preuve en est qu'une des principales accusations portées contre les Templiers fut d'avoir adoré une idole à deux ou trois visages, pourvue d'une grande barbe,et qu'ils appelaient, au dire des témoins à charge, Mahumet ou Baphomet '. Telles étaient les illusions de la chrétienté, que, deux siècles après la dernière croisade, Dante place encore « l'hérésiarque » Mahomet dans un des cercles de son enfer.

Ce mépris de ses ennemis et cette confiance en son infaillibilité et en sa puissance, qui furent toujours l'apanage du catholicisme, exercèrent évidemment une influence sur la conception des croisades.

« Jamais, dit Voltaire au sujet des croisades, l'antiquité n'avait vu de ces émigrations d'une partie du monde dans l'autre, produites par un enthousiasme de religion. Cette fureur épidémique parut alors pour la première fois, afin qu'il n'y eût aucun fléau possible qui n'eût affligé l'espèce humaine ^. »Mais il ne faut accepter cette appréciation qu'avec réserves : s'il est vrai, en effet, qu'avec les croisades apparut une forme nouvelle de fanatisme, on peut d'autre part se demander s'il n'y eut en elles que de l'exaltation, et de plus, si elles n'eurent aucun résultat utile.

Tout d'abord, les croisades furent bien une manifestation d'intolérance, en ce qu'elles avaient pour but avoué la conquête de Jérusalem, c'est-à-dire d'un pays sur lequel la chrétienté n'avait en réalité aucun droit, d'un pays où, d'ailleurs, les musulmans admettaient les pèlerinages chrétiens, moyennant, il est vrai, une assez forte redevance ; maissi,parexemple, les païens avaient demandé à venir prier sur les ruines des temples romains, comment l'Eglise eût-

1. Cf. MiCHEUET, Histoire de France, 1. V, ch. III (éd. Flammarion )r t. IV, p. 40-2 (note).

Page 1