‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 79 sur 293 · Cf. J. SouRY, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. J. SouRY, op. cit., p

3. Cf. MiCHELET, Histoire de France, \. V, ch. V, in t. iv, p. 144-8.

4. Cf. Saisset, Précurseurs et disciples de Descartes, p. 14-54.

faire des découvertes astronomiques et d'annoncer des conquêtes futures de la science, si lointaines, il est vrai, qu'elles ne furent réalisées qu'au XIX« siècle ; on le taxa de folie, et la protection du pape Clément XIV (Guy de Foulques) ne suffit pas à le sauver de la prison perpétuelle. Mais cette condamnation est encore plus une preuve d'absurdité qu'un exemple d'intolérance ; il n'en est pas de même de la condamnation d'Âbailard. Jules Simon, en une page éloquente, a résumé l'histoire de cette persécution. « On le prit, dit-il (après avoir parlé des succès du philosophe à l'Université deParis),on luijetasur les épaules un froc de moine; on l'exila tantôt à l'abbaye de Saint-Denis, tantôt sur les âpres rochers de Saint-Gildas. Il s'échappe, et toujours plein de sa pensée, ne trouvant plus d'asile dans les monastères et dans les écoles il court au désert, y bâtit un oratoire qu'il appelle le Paraclet, c'est-à-dire le consolateur, avec une tente pour s'abriter ; et aussitôt, sa foule lui revient, ardente, émue et passionnée comme aux anciens jours. On assemble un nouveau concile pour le juger, c'est-à-dire pour le détruire. Il y vient, au milieu d'anciens amis devenus ses juges,entouré de disciples. Là, il se déclare enfant soumis de l'Eglise. « Je crois, dit-il, tout ce que l'Eglise enseigne ; je me soumets à l'autorité ; je suis orthodoxe. » Et que lui répond l'intolérance ? Qu'il ne faut pas discuter ses Hvres, qu'il suffit de les lire. « J'en appelle, dit Abailard, à l'autorité de Rome. » — « Doit-il trouver un refuge auprès de Pierre, répond saint Bernard, celui qui renie la foi de Pierre ?» — Quoi, pas de discussion et pas d'appel ! Non, la raison ne sera pas discutée, elle sera domptée. Saint Bernard l'avait écrit à lacour de Rome : « 11 importe à l'EgUse, il importe à cet homme luimême qu'il lui soit imposé silence .* Il disait, dans son horreur pour l'hérésie, et pour cette introduction de la raison dans la discussion des dogmes qui caractérise la théologie d'Abailard : « Il faut briser cette bouche avec des bâtons *. *

I. J. Simon, op. cit. y p. Vli-'l. — Cf. Muhelet, Hiêt. de France, 1. IV, oh. IV, in t. H. p. 329-44.

Pour notre part, nous ne voyons pas qu'il y ait contradiction entre cette parole de saint Bernard et le précepte qu'il donnait dans un de ses sermons : Hcereticis càpiantur non armiê, sed argumentis * ; le terrible cistercien avait compris que la philosophie était pour l'Eglise un danger plus grand que les hérésies, car seule elle pouvait conduire dogmatiquement à l'impiété.

Quel fut le résultat de toutes ces persécutions ? Elles réussirent, il est vrai, à appauvrir la philosophie ; mais ce fut la scolastique qui en supporta les conséquences plus encore que la pensée indépendante : elle dégénéra en formalisme d'une part, en mysticisme de l'autre. Au XIV® siècle, tandis que l'Université de Paris retombait inconsciemment dans le nominalisme qu'elle avait jadis proscrit, les peuples de l'Europe septentrionale, décimés par la grande peste noirt, massacraient ou brûlaient les juifs dans des accès de fanatisme, ou bien encore se flagellaient ou se mortifiaient en chantant des cantiques ^ Or ce que l'Eglise ignorait, c'était que la décadence de la philosophie scolastique allait permettre à l'humanisme, et par suite au rationaUsme antique, de prendre une place prépondérante dans l'Europe méridionale, tandis qu'au nord le mysticisme, réagissant contre les tendances du monde latin, allait donner naissance à la Réforme.

D'ailleurs, l'EgUse avait laissé une lacune dans son organisation pourtant habile et raisonnée de l'obscurantisme. Ses écoles recevaient tropd' élèves ; elle formait plusde clercs qu'elle n'en pouvait placer dans son sein et conserver ensuite sous sa domination. Quand on songe aux 30.000 écoliers que comptait, au XIV® siècle, la seule Université de Paris, et qu'elle était forcée de déverser en partie dans la sociét? laïque, on voit quelles furent les origines de la Renaissance, en France du moins. Ce mouvement devait être

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