Cf. Gebrardt, op. cit., p. 21-24 et
concilier à peu près les doctrines hétérodoxes avec des dogmes si tolérants.
C'est pourquoi l'Italie fut modérée pendant le XV* siècle, c'est pourquoi aussi elle put convertir les papes et une partie de la cour pontificale, non pas peut-être à la véritable tolérance,car l'Eglise ne cessa pas de traiter avec cruauté les musulmans et les juifs, mc^is du moins à cet humanisme qui dissimulait aux yeux des pontifes la base philosophique et les conséquences probables de ce mouvement des idées. Les papes, durant l'exil d'Avignon et le grand schisme se sont «embourgeoisés ♦au contact de la monarchie française, dont ils n'étaient plus que les instruments. Il semble d'ailleurs que ces pontifes français aient été comme effrayés des excès de l'Inquisition et du pouvoir ecclésiastique dont ils n'avaient pu, en Italie, se faire une idée aussi terrible ; on les vit défendre en particulier les Templiers contre Philippe le Bel, et même les « povres » juifs, 4ars» et « escacés », «excepté en. Avignon et en la terre de l'Egliscdessoas les clefs du pape »'. Lorsque l'unité pontificale fut rétablie, il semble que l'esprit positif de la cour d'Avignon ait réagi en un sens favorable sur le fanatisme de la cour romaine, non pas au point de l'annihiler, mais dans une mesure suffisante \x>ut que l'hostilité des papes à l'égard des innovations du XIV® et du XV« siècle se transformât peu à peu^en un dilettantisme imprévoyant. C'est alors que l'humanme des littérateurs, devant l'indifférence de l'Eglise, donnspkaissance à une sorte de paganisme religieux : l'âme latineVt la grecque se réveillèrent sur ce sol où tant de vestiges subsistaient des civilisations passées. « Lentement, d'année en année, la culture savante f\t baisser la foi dans les âmes. Ijc paganisme littéraire des humanistes du XV** siècle, les railleries déjà voltairiennes de Pulci, montrent le progrès du scepticisme chez les hommes instruits. La foi individuelle n'avait pu résister à l'action de
rp 1. Froissard, Chroniques, I. I, 2« p., ch. V, in éd. Buchon, Paris, 1836, t. I, p. 289.
la raison individuelle. Les lettrés,nialgré leurs propos impies, ne professaient point vraiment l'athéisme, mais une philosophie vague, très tolérante, empreinte de fatalisme, qui se résume en ces mots du professeur de Sixte IV, Galeotto Marzio : «Celui qui se conduit bien et qui agit d'après la loi naturelle entrera au ciel, h quelque peuple qu'il appartienne*.» Léon X,daJïi^\a,h\û]eApo8tolicir€giminiêy publiée en 1612, au cinquième concile de Latran, déclara bien encore que rien ne doit être vrai pour la philosophie qui soit faux pour la théologie *. Mais c'est moins par une véritable intolérance scientifique que par une conception plus large et plus modérée des dogmes chrétiens qu'il était conduit à poser un tel principe. Le pac^anisme, en effet,ou plus exactement ce vaste mouvement de la Renaissance, aux tendances, diverses et aux multiples conséquences, s'était insinué dans l'esprit des pontifes eux-mêmes : ils protéu eaient cette force nouvelle, l'imprimerie ^, qui devint bientôt le plus puissant auxiliaire de la propagande antireligieuse ou du moins anticatholique, et qui, dès le début, contribua à révéler la civilisation païenne et à répandre les idées nouvelles en matière d'art et de morale qu'impliquait cette évocation. Car, il ne faut pas l'oublier, si la révélation des civilisations antiques et orientales, si la découverte stupéfiante de TAmérique, si enfin les idées et les connaissances nouvelles causaient dans les esprits un bouleversement général peu favorable au maintien de la foi traditionnelle,elles provoquaient en outre dans les mœurs une transformation dont les conséquences devaient être non moins graves que celles du mouvement artistique et scientifique. C'est un réveil de la morale épicurienne, une synthèse de scepticisme et d'hédonisme, mais aussi une fièvre de vie intensive et esthétique qui s'empare de l'Italie