Voltaire» Essai sur les moeurs, CXXIX
u'était pas briâée, maût elle était moins pesant^e et plus prolongée.... Ainsi, l'on vit naître eu Europe une «)rte de liberté de penser, non pour les hommes, mais pour los chrétiens '. * Condorcet signale précisément ce qui, dans la Réforme, devait être le plus favorable à la tolérance : le principe du libre examen. C'e^ pourquoi nous ne serions point étonné que la note ajoutée dans l'édition de Kehl, au cliapitre (ÎXXVII de VEê>iiiî sur les mœurs de Voltaire dût être attribuée à Condorcet , qui fut, comme on sait, l'un des annotateurs de cette édition. Cette note dit en effet : « A vrai dire Tintolérance des protestants rend plus excusable la conduite de ceux qui refusèrent de se juindi'e à eux. Ils ne ^^rent point que le principe d'examen adopté par les protestants conduisait nécessairement à la tolérance, au lieu que le principe de l'autorité, point fondamental de la croyance romaine, en écarte non moins nécessairement; qu'enfin l'intolérance des protestants, et même ce qu'ils avaient conservé de dogmes théologiques, n'était qu'un reste de papisme que les principes mêmes de la Réforme devaient détruire im jour. » Non seulement, en ce passage, le commentateur de Voltaire annonce le protestantisme libéral dont le fondateur, Castellion, lui était probablement inconnu, mais encore il semble répondre par avancée à certains auteurs contemporains qui ont estimé qu'il ne fallait tenir compte en aucune mesure de l'appel que fait le protestantisme au libre examen, pour la raison au moins insuffisante que ce principe n'était pas, comme logiquement il aurait dû l'être, poussé jusqu'à ses dernières conséquences par Luther, et encore moins par Calvin. « Rien de plus contraire à la vérité, a dit Paul Janet, que de voir en Luther une sorte de philosophe, défenseur du libre examen, discutant la religion comme une œuvre humaine, jaloux de la rendre plus sainte, plus claii'e, moins révoltante pour la raison. Luther est avant tout un théologien. Son plus grand grief contre l'Eglise romaine, c'est d'avoir