‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 98 sur 293 · Condorcet, Progrès de V esprit humain^ p · texte numérisé non relu

Condorcet, Progrès de V esprit humain^ p

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changé la religion en philosophie, d'avoir placé la foi, qui, pour lui, est tout le christianisme, au milieu des autres vertus comme ses égales, d'avoir substitué une religion formelle et littérale à la religion vive et intérieure de saint Paul. L'examen fut pour lui une nécessitéi de sa position et non un but '. V Remarque exacte en certains points, mais qui nous montre un Luther trop exclusivement mystique, et ne pourrait du moins s'appliquer à la Réforme en général que si Ton tenait compte seulement de ses conséquences immédiates. Que le libre examen fût, pour les réformateurs, un moyen ou un but, peu importe : en tous les cas, et de l'aveu même de l'Eglise, ils portaient préjudice à la religion chrétienne par le seul fait de conseiller la lecture de la Bible et de la faciliter par des traductions, choses auxquelles Rome, s'était toujours opposée, prévoyant combîen,chez les peuples méridionaux à l'esprit sceptique ou du moins critique, le contact direct avec les textes bibliques, débarrassés des commentaires spécieux des théologiens, serait favorable au développement de l'incrédulité. Cette influence ne devait pas cti'e aussi générale chez les peuplej? du Nord, mystiques ou métaphysiciens ; néanmoins, la méthode de Luther et du protestantisme devait appoiler, en toute l'Europe, un appui précieux aux doctrines rationalistes : la meilleure preuve en est le penchant très vif que ressentirent à l'égard de la Réforme les Erasnke et les Rabelais, jusqu'au jour où elle devint à son tour intolérante.

Ortes, à côté du mouvement véritablement théoriqne, il y eut dans la Réforme une révolte instinctive de l'indépendance bai'bare contre la tyrannie ecclésiastique de Rome. Vf I^s peuples du Nord, a dit M. J. Soury. j'entends les peuples germanique et anglo-saxon, ont des libertés auxquelles ils tiennent fort, restes d'anciennes franchises, de coutumes, voire d'institutions féodales, qui n'ont rien de commun avec

l. Paul Janet, Histoire de la science politique, t. il, p. 124 et 127.

nos immortels principes de 89, maù* qui assurent et garantissent généralement d'une façon beaucoup plus efficace la liberté de conscience, le droit de s'associer pour une œuvre quelconque, le droit de se réunir, de parler, d'écrire, et de penser ce que l'on veut. Aujourd'hui, comme au temps de Tacite, les bonnes mœurs sont là plus puissantes qu'ailleurs les bonnes lois. Phcsque tbi boni fnores valent quam alibi bonœ leges. {Oerm,, XIX.) Ces peuples déclarent l'autorité civile^ incompétente dans les choses de la conscience et de la science L'Etat ne leur paraît point avoir qualité pour apprécier les doctrines morales *, » C'était bien en effet une protestation de l'honnêteté scnipuleuse des pays septentrionaux que la lutte contre les indulgences., et, d'autre part, Luther avait bien dit, lui aussi, à ses débuts, que les princes n'ont même pas le droit de protéger Tesprit des fidèles contre les séductions de l'hérésie, soit par des bannissements, soit par tout autre moyen * : affirmation que Castellion reproduira à l'heure même où l'intolérance triomphe chez les protestants comme chez leurs adversaires ^.

Par conséquent, il y eut contradiction entre les tendances diverses de la Réforme, contradiction entre ses principes et la conduite de ses sectateurs, contradiction enfin entre les paroles des grands réformateurs et leurs actes. La Réforme n'accorda pas à autrui ce qu'elle réclamait pour elle-même. C.*ependant,ilne faut pas juger de l'influence que peut exercer un bouleversement politique ou rehgieux sur l'évolution de la pensée humaine d'après des conséquences immédiates. Le protestantisme était une réaction contre la dégénérescence du christianisme romain, et par là peut être il favorisait rintolérance; mais, d'autre part, il réagissait aussi contre

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