‹ Histoire de la Troisième République de 1887 à 1894Chapitre 4 sur 14 · LE PARTAGE DE L’AFRIQUE · texte numérisé non relu

LE PARTAGE DE L’AFRIQUE

Les anciennes colonies de la France.

Ses possessions actuelles.

En 1815, la France ne possédait plus que quelques colonies : en Amérique, les îlots de Saint- Pierre et Miquelon, la Guadeloupe et la Martinique, avec la Guyane; en Afrique, la côte du Sénégal à l’ouest, et l’îlc de Bourbon (devenue la Réunion) à l’est; en Asie, les cinq villes misérables de Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé, Yanaon, restes de notre splendide empire des Indes, abandonné par Louis XV. Si l'on excepte la Guyane, d’une étendue égale au cinquième de celle de la France, mais ayant peu de population (1), nos possessions mesuraient au total 10.000 kilomètres carrés, superficie inférieure à celle de deux départements.

(1) D’api ès le recensement du 5 mars 1911, la population ne compte que 26.325 habitants, dont 13.527 à Cayenne.

A ces chiffres, il faut ajouter 577 soldats ou marins, 12.000 chercheurs d'or, 3.542 indigènes et 6.465 transportés en cours de peine, réclusionnàires et relégués effectifs, ce qui donne, pour la population totale de la Guyane, le chiffre de 48 009 (habitants.

La France' a maintenant un empire colonial qui est le second du monde; il représente approximativement vingt fois la superficie de notre pays, avec 48 millions d’habitants. 11 a été reconstitué au xixe siècle, en grande partie par la troisième République, et il est dû surtout à des initiatives individuelles, aux efforts généreux d'officiers intrépides qui ont consacré leur existence à faire une France plus grande et plus riche. Ces efforts n’ont pas été toujours récompensés. Loin de là. Ils ont été souvent entravés, dénaturés, blâmés par des ministres qui s’effrayaient des succès militaires et qui en redoutaient les conséquences pour les débats parlementaires et pour leur maintien au pouvoir. L’histoire de toutes nos guerres coloniales fournit des exemples de cette injustice des hommes politiques pour les hommes d’action.

« Il faut à la France une politique coloniale, disait Jules-Ferry en 1882; il s’agit de l’avenir même de la patrie ! » Après beaucoup de discussions, suscitées surtout par l’ignorance de nos intérêts et de la valeur des contrées des autres parties du monde, on reconnaît aujourd’hui que l’expansion de la France est une condition obligée de sa position géographique, de sa situation économique, des conditions générales de la politique. Toutes les nations se défendent contre les importations par des barrières économiques, par des droits de douane élevés, d’où la nécessité de chercher des débouchés pour l'industrie nationale dans des pays nouveaux qui, de plus, fournissent les matières premières. Les vieilles nations d’Europe se sentent à l’étroit, et une partie de leur population s’expatrie pour

l’empire COLONIAL DE LA FRANCE

trouver un champ d’activité plus fertile; d’où avantage de détourner ce mouvement vers des colonies pour l’empêcher de profiter à des étrangers, des rivaux. Enfin, la facilité et la rapidité des communications ont rapproché notre pays de contrées qui paraissaient lointaines, presque inabordables.

Peu de parties du globe sont maintenant inconnues, inexplorées. Toutes sont défrichées, fertilisées. La nation qui resterait étrangère à ce grand effort de développement serait vouée à la ruine, vaincue par l’extension et la richesse des autres. La France, rapetissée en Europe, était obligée de prendre une revanche au dehors, d’accroître à la fois ses forces et ses ressources. Elle y est parvenue, et la plus belle partie de son empire colonial, objet de convoitise pour les autres pays, est celle qu'elle a conquise en Afrique. Ses possessions en cette partie du monde ne sont pas encore reliées, mais elles se sont soudées, après de patients efforts et beaucoup de luttes. Plus tard, elles communiqueront toutes entre elles. Ce n’est plus qu’une affaire de temps et d’argent.

En Afrique, nous possédons :

1° L'Algérie, dont les trois départements peuvent être considérés comme faisant partie de la France (199.971 kilomètres carrés pour l’Algérie proprement dite, et 2.700.000 kilomètres carrés pour le Sahara algérien; 5. 231.850 habitants).

2° La Tunisie (142.000 kilomètres carrés; 1.644.678 habitants).

3° L 'Afrique occidentale (3.449.590 kilomètres carrés, 10.926.772 habitants), qui comprend le Sénégal,.

le Ilaul-Sénégal el Niger, la Guinée française, la Côte d’ivoire, la Mauritanie et le Dahomey.

4° Le gouvernement général de l’Afrique équatoriale française (2.210.000 kilomètres carrés; 8.587.000 habitants), qui englobe : 1° la colonie du Gabon; 2° la colonie du Moyen-Congo; 3° la colonie de l’Oubanghi- Chari Tchad; 4° le territoire militaire du Tchad.

5° La Côte des Somalis et dépendances (35.000 kilomètres carrés; 208.061 habitants), capitale Djibouti; elle comprend le protectorat de Tadjourah, de Gobad et des Somalis, le sultanat de Tadjourah et le territoire des Débénèhs.

6° Le gouvernement général de Madagascar (592.000 kilomètres carrés; 3.054.65S habitants), capitale Tananarive, avec ses dépendances, la colonie de l’île de Mayotte et le protectorat de l’archipel des Comores (2.177 kilomètres carrés; 96.314 habitants)*

7° La colonie de la Réunion, ex-Bourbon (2.510 kilomètres carrés, 173.000 habitants), chef-lieu Saint- Denis.

8° L’archipel des îles Kerguelen; les îlots Amsterdam et Saint-Paul.

9° Enfin, depuis le traité franco-allemand, du 4 novembre 1911, le Maroc (1) (439.240 kilomètres carrés, avec 8 millions environ d’habitants).

Le domaine colonial de la France, dans toutes les parties du monde, comprend donc aujourd’hui, com-

(1) Par un traité secret de 1904, la France a reconnu à l’Espagne la partie nord et, au sud-ouest, la région d Uni, soit à peu près la cinquième partie du Maroc, mais l’accord définitif fixant les délimitations n’est pas encore intervenu au mois d’octobre 1912.

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me total général, 11.207.775 kilomètres carrés et 48 millions d’habitants (dont un million seulement de race blanche).

La formation de notre immense empire africain a commencé en 1830, sous Charles X, par l’expédition d’Alger, premier épisode de la conquête de l’Algérie qui a été poursuivie pendant tout le règne de Louis- Philippe, continuée par Napoléon III et par la République. Au second empire est due la principale partie de la conquête du Sénégal (1854-1865). C’est sous la troisière République — particulièrement de 1880 à 1900 — qu’ont été obtenues les acquisitions les plus importantes : la Tunisie (1881-1882), le Sénégal et le Soudan occidental (1880-1900), le Dahomey (1892-1894), le Congo et les territoires du Tchad (1880-1900), Madagascar (1895). C’est aussi pendant cette période que nous avons conquis en Asie le Ton kin et l’Annam (1882-1885).

Nous avons précédemment raconté l’expédition de Tunisie; nous allons résumer les autres conquêtes en Afrique, préparées par des explorations et des missions d’intrépides Français, achevées par des opérations militaires où se distinguèrent des milliers d’officiers et de soldats, aussi des Africains dévoués serviteurs de la France.

Explorations en Afrique.

L’Afrique est demeurée longtemps le continent le plus ignoré. L’Amérique, découverte seulement au xv0 siècle, était bientôt connue tout entière, alors que l’Afrique n’a été vraiment découverte qu’au xix® siècle, grâce à de courageux explorateurs de toutes na-

tionalités, dont la plupart ont payé de leur vie leurs tentatives.

La politique coloniale de la France a subi le contre-coup de ses vicissitudes politiques, de son instabilité gouvernementale. Malgré ce manque de direction, malgré l'insuffisance des ressources, malgré le dénûment et l’abandon où furent souvent laissés nos hardis pionniers, parfois blâmés et désavoués pour leurs succès, nos explorateurs et nos officiers ne se laissèrent pas rebuter et continuèrent leur tâche périlleuse avec une prévoyance, une lucidité et une énergie qui prouvent le génie de notre race. Quels fastes de vaillance attestent les innombrables tombes qui ont jalonné les voies de notre pénétration dans le continent noir !

Les anciens ne connaissaient guère de l’Afrique que l’Egypte, la Cyrénaïque, la Tunisie et l’Algérie. Ils avaient cependant franchi le détroit de Gibraltar (appelé détroit de Gadès ou colonnes d’ Hercule), atteint la côte de Sierra-Leone (600 ans avant J.-C.) et doublé le cap appelé aujourd’hui de Bonne-Espérance (vne siècle avant J.-C.).

L’invasion des Arabes et des Musulmans, au vu6 siècle, interdit à l’Europe ce continent qui resta mystérieux. Au xive siècle, des marins de Dieppe installèrent des comptoirs sur les côtes de Guinée. Au xve siècle, les Portugais cherchèrent la route des Indes. Barthélemy Diaz découvrit, en 1487, le cap des Tempêtes (plus tard dénommé de Bonne-Espérance); Vasco de Gama le doubla en 1497 et atteignit l’Inde. Les Portugais établirent les premières cartes du littoral. Le géographe français d’Anville en publia une plus complète et plus scientifique en 1749; elle ne

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donne des indications que sur les côtes et laisse en blanc tout l’intérieur du continent. Les Français prirent pied au Sénégal, et les Hollandais, avec les calvinistes français, au Cap. L’Abyssinie, unique contrée restée chrétienne, était aussi explorée, ainsi que le Zambèze où pénétraient des missionnaires portugais.

En 1788, une Association africaine se fonda à Londres et encouragea les découvertes, entre autres celle du Niger qu'un Ecossais, Mungo Park, parti de la Gambie, reconnut en 1795. Il repartit en 1805 et périt dans les rapides de Poussa. De 1822 à 1825, trois Anglais, le colonel Dcnham, Clapperton et Oudnev, partis de Tripoli, traversèrent le Fezzan, le Sahara et arrivèrent dans le Bornou. Resté seul, Denliam découvrit le lac Tchad. Il ne rencontra, comme êtres vivants, que des éléphants, des singes, des gazelles et des oiseaux qui ne s’enfuyaient pas à son approche, ignorant les dangers (1823). Richard Lânder descendit le Niger depuis Yaouri jusqu’au golfe du Bénin et explora les rives dans trois voyages; le dernier lui coûta la vie (1824-1827). Un Français, René Caillié, traversa l’Afrique occidentale, du sud au nord, en se disant musulman, explora le Niger supérieur, pénétra dans Tombouctou (déjà visitée par Laing en 1626), et, par le Sahara et le Maroc, regagna l’Europe (1827-1828). Rarth séjourna à Tombouctou en 1858, et le docteur autrichien Lenz y pénétra en 1880.

L’Allemand Rarth recueillit beaucoup de documents dans son voyage de Tripoli au Soudan central et au Niger moyen (1850-1855). Il fut suivi par deux autres compatriotes qui complétèrent son œuvre : Gérard Rohlfs (18G5-1S67, 1874, 1879), Nachtigal (1809-1874).

Er 1859, un Français, Henri Duveyrier commença à explorer le Sahara algérien.

On ne connaissait par les sources du Nil, et ce problème passionnait le monde savant. En 1823, les deux branches (Nil bleu et Nil blanc) furent découvertes par Caillaud, et Khartoum fut fondée au confluent. Ne pouvant remonter le grand fleuve, coupé de cataractes, les explorateurs partirent de la côte de Zanzibar. En 1857, le capitaine anglais Burton, de l’armée des Indes, fut chargé par la Société géographique de Londres, de rechercher un vaste lac signalé dans le centre de l’Afrique. Accompagné du capitaine Speke, il découvrit le lac Tanganyika (13 février 1858). Speke reconnu seul un autre lac, plus au nord, et il le dénomma Vicloria-Nyanza , en honneur de la reine d’Angleterre. Il l’indiqua comme la source du Nil et recommença, pour le démontrer, son exploration avec le capitaine Grant. Il navigua sur le Nil blanc qui sortait du lac Victoria-Nyanza (1860-1862). Il rencontra sir Samuel White Baker qui remontait le fleuve et qui découvrit un nouveau lac qu’il appela Albert-Nyanza, en souvenir de l’époux de la reine Victoria (14 mars 1864). Ce n’est que par une série d’explorations, en 1875 et 1887, qu’on est parvenu à avoir des notions plus exactes et plus précises sur cette contrée. On a constaté qu’il n’y avait pas un lac, mais deux lacs, parfois réunis, parfois séparés suivant le niveau des eaux. Un des plus gros affluents du Nil blanc, le Bahr-el-Ghazal (rivière des Gazelles) fut reconnu par trois Hollandaises, les dames Tinné, accompagnées de MM. Ileuglin et Steudner. Elles partirent de Khartoum le 25 janvier 1863. Après dix mois d’exploration affreusement pénible, deux dames

Tinné et le docteur Steudncr moururent de la fièvre. Georges Schweinfurth, naturaliste de Riga, explora, de 1868 à 1871, les mêmes régions, que visita plus tard Gordon-Pacha, passé au service de 1 Egypte.

Le docteur allemand Nachligal, parti de Tripoli, découvrit, au sud-est du Fezzan, l’oasis de Tibesti; il atteignit ensuite le lac Tchad, explora le Bornou (capitale Kouba), le Baghirmi, et revint, par le ltarfour, sur le Nil (1868-187-1).

Livingstone.

Un des explorateurs africains les plus célèbres est le docteur Livingstone. Né en 1817 à Blantvre (Ecosse), il entra, à l’Age de dix ans, dans une filature comme apprenti et y resta onze ans. II consacra tout son temps libre à l’étude, apprit le latin et le grec, obtint le diplôme de docteur en médecine et sc fit admettre ministre protestant. 11 partit en 1840 pour le cap de Bonne-Espérance comme missionnaire et se rendit au milieu des Bechouanas. Il demeura six ans à Colombeg, ville qui fut détruite par les lîoërs hollandais. 11 commença- ses explorations par la recherche du lac N’Gami. 11 n’y parvint qu’au prix de terribles tortures dans la traversée — qui dura deux mois — du grand désert de Kalakari, infesté de moustiques, d’énormes fourmis, de serpents, de rhinocéros et de lions (juin-juillet 1849). 11 s’aventura plus au nord, en suivant le cours du Chobé, affluent du Zambèze et atteignit Sesheké, capitale des Makololos, sur le Zambèze, au cœur de l’Afrique australe (1851).

Il voulut ensuite chercher les communications avec

Hist. 3* République.

l’océan Atlantique (à l’ouest) et avec l’océan Indien (à l’est). Aidé par Sékélétou, roi de Linyanti, il descendit le Cliobé, le 11 novembre 1853, puis, au confluent avec le Zambèze, remonta ce dernier fleuve, ensuile le Liba, autre affluent, jusqu’au lac Dilolo (pays de Londa). Par le Casai, affluent du Congo, il gagna ce fleuve qu’il traversa, atteignit Cassange, première station portugaise et, le 31 mars 1851, parvint enfin sur les bords de la mer à Saint-Paul de Loanda.

Infatigable, il repartit dans la direction de l’est, traversa des contrées sauvages où jamais un blanc n’avait pénétré, inspirant une terreur folle aux indigènes et aux animaux, puis rejoignit le roi Sékélétou à Linyanti.

Afin d’achever la réalisation de son programme, il s’éloigna de nouveau, le 3 novembre 1855, pour atteindre l’océan Indien. Il descendit le Chobé, puis le Zambèze jusqu’à la chute Victoria. En suivant le même fleuve, il traversa les pays des Batokas et des Banvanis, Tété', établissement portugais de Mozambique, et atteignit, le 20 mai 1856, Quilimane d’où il s’embarqua pour l’Angleterre.

Nommé consul à Quilimane, il revint en 1858 et explora les vallées du Zambèze et de son affluent le Chiré (1858-1864), après quoi, il revit l’Angleterre.

En 1866, il débarqua sur la côte orientale, près du cap Delgado, pour chercher à son tour la région de la source du Nil. De 1867 à 1871, il visita la contrée à l’ouest du lac Tanganyika et reconnut cinq lacs (1° Bangouélo, 2° Moero, 3° Komolondo ou Oulemljé, 4° Lac sans nom, 5° Lincoln), réunis par des rivières appelées Loualaba. Il ne put vérifier si ces masses

d’eau s’écoulaient clans la vallée du Nil ou, au contraire, vers l’ouest pour former un fleuve de l’Atlantique. 11 restait seul, malade, sans communications, exposé à la malveillance des indigènes.

En Europe, on craignait qu'il ne fût mort. Son sort inspirait un intérêt passionné dans le monde entier. Un riche journal américain, le New York He raid , fit les frais d’une expédition pour le retrouver. Stanley, son correspondant, charge de cette mission, débarqua sur la côle de Zanzibar et parvint à retrouver Livingstone à Oudjidji, à l’est du lac Tanganjika (novembre 1871). 11 secourut ce dernier, qui était dans le plus grand dénuement et malade; il lui laissa des vivres, du matériel et 1.000 livres sterling (1).

Livingstone refusa d’abandonner l'Afrique cl continua ses recherches. 11 découvrit le lac Liemha qui prolongeait le Tanganyika au sud-est (on sait aujourd’hui que ce lac n’est qu’un déversement momentané du Tanganyika). 11 supporta de cruelles souffrances dans une exploration à l’ouest, obligé de marcher pendant plusieurs heures dans une eau boueuse qui l’atteignait jusqu'au ventre. La dysenterie le terrassa, et il mourut à Mouilala, sur le plateau de Lobisa, à l’Age de 57 ans (avril 1874).

Une nouvelle mission, composée des lieutenants Cameron cl Murphy et du docteur Dillon, avait été

(1) Slanley (Joli Rowland), né à Denbigh (pays de Galles) en 1841, mort à Londres en 11)01. Il avait pris part à la guerre de Sécession et avait suivi, comme reporter, lord Napier en Abyssinie. C’est au mois d’octobre 1809 que M. Gordon Bennett, directeur du Xew-York Ilerald, le chargea de rechercher Livingstone dont on n'avait plus de nouvelles depuis trois ans. Stanley assista d’abord à l'inauguration du canal de Suez, traversa la Palestine, la Turquie, la Russie méridionale, la Perse et l'Inde, d’où il se rendit à Zanzibar (janvier 1871).

envoyée par la Société géographique de Londres, ù la recherche de Livingstone. Elle rencontra sur sa roule Jacques Wainwright qui, avec l’aide de cinq nègres, rapportait le corps.de l’illustre explorateur. 11 fallut à ces derniers neuf mois pour franchir 450 lieues.

Le gouvernement anglais fit à Livingstone des funérailles grandioses et l’inhuma dans l'abbaye royale de Westminster.

Mission Cameron.

La mission Cameron, arrivée à Zanzibar le 13 janvier 1873, partit de Bagamoyo le 18 mars dans la direction du lac Tanganyika. Après 107 jours de marche, elle perdit un neveu de Livingstone, M. Moffat, qui s’était joint à elle. Cameron fut quitté par MM. Murphy et par le docteur Dillon, malades. Ce dernier se suicida dans un accès de fièvre. Cameron n’en continua pas moins son voyage et, parvenu à Kawelé, sur les rives du Tanganyika, le 22 février

1874, se livra à des explorations pendant deux mois, releva les dimensions du lac, les cours d’eau qu’il alimentait, etc. Il atteignit l’Atlantique à Kalombela (à 25 kilomètres de Benguela), au mois de septembre

1875, après avoir traversé, le premier, l’Afrique tropicale dans sa largeur, de l’est à l’ouest.

Explorations de Stanley.

Après le premier succès de Stanley, le, New-Yoric Herald et le Daily Telegraph (de Londres) résolurent d’organiser une seconde expédition dont il serait le-

chef, pour continuer les explorations relatives aux sources du Nil, aux grands lacs africains, et pour compléter les découvertes de Speke, de Grant et de Livingstone. Stanley partit de Zanzibar le 19 octobre 1874 avec 390 indigènes et quelques Américains. Il parcourut la rive sud du Yictoria-Nyanza, découvrit le lac Albert-Edouard et fixa la ligne de partage des eaux entre le Congo et le Nil. Il longea pendant 51 jours les rivages du Tanganyika (1875-1876).

Cameron avait découvert, à l'ouest de ce dernier lac, un cours d’eau (appelé Loukouga ou Louvoubou) déversant le trop-plein du Tanganyika dans le Loualaba qui, après avoir reçu divers affluents, for^ niait, supposait-il, le lac Sankowa pour rejoindre ensuite le Zaïre. Par des explorations plus longues, Stanley rectifia ces premières données. Le lac, que Livingstone avait dénommé Lac sans nom, et Cameron Lac Sanlcorra, n’existait pas. Il reconnut le Loualaba qui, après avoir reçu une grande rivière large de 1.800 mètres, est appelé Congo par les indigènes, puis Zaïre. 11 navigua pendant cinq mois sur ce fleuve, où il faillit cent fois périr, et parvint enfin à Kabinda, à l'embouchure du Zaïre, après avoir supporté de cruelles souffrances, franchi 57 cataractes et soutenu 32 combats. Il avait eu la gloire de reconnaître le Congo le premier, jusqu’à son embouchure, et d’établir que le Loualaba et le Congo ou Zaïre n’étaient que les appellations diverses d’un même fleuve. Son nom est resté aux chutes de ce fleuve sous l’équateur (Stanley falls) et à la grande nappe lacustre où ses eaux s'accumulent avant de franchir, par des étranglements, différents gradins le séparant de la mer (Stanley pool).

Explorations diverses.

Un explorateur français, l’abbé Debaise, entreprit l'exploration de la contrée inconnue entre l’Albert- Xvan/.a, le Congo et la Côte du Gabon, mais, après quelques succès, il succomba dans cette entreprise (1879-1880).

Le major portugais Serpa Pinto traversa l’Afrique plus au sud, de Benguela à Pretoria (novembre 1877février 1879), en parcourant des parties ignorées.

Un Français, M. Victor Giraud, enseigne de vaisseau, entreprit, en 1882, la traversée de l’Afriqueéquatoriale, en partant de Zanzibar, mais, après maintes péripéties, il dut revenir à la côte orientale en 1884.

Un autre Français, le capitaine au long cours Trivier, accompagné de l'Alsacien YVeissemburger et de deux noirs du Sénégal, partit le 10 décembre 1888 de Loango, sur l'Atlantique, pour remonter le Congo et atteindre Zanzibar. Le journal la Gironde soutenait pécuniairement cette expédition. Weissemburger périt dans le voyage et, après avoir surmonté de terribles dangers, M. Trivier arriva à Ouilimane le 1er décembre 1889 avec les deux noirs.

M. Jules Borelli, chargé d’une mission par le gouvernement français, parcourut l’Afrique orientalependant cinq ans (1884-1889).

Association internationale africaine.

Au mois de septembre 1876, le roi des Belges,. Léopold II, eut l’idée d’une institution philanthropi-

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