L EMPIRE COLONIAL DE LA GRANCE
que : des stations hospitalières devaient être établies dans l’Afrique centrale pour réprimer l'esclavagisme et pour soutenir les missions civilisatrices de l’Europe. Des souscriptions alimenteraient cette œuvre, qui prit le titre d'Association internationale africaine. Les dons furent insuffisants et, en 1878, l’association abandonna ses visées humanitaires. Le roi Léopold vil le parti qu'il pourrait tirer pour lui de ces pays fertiles, et il résolut de « prendre des hypothèques territoriales », qu’il transformerait plus tard.
Stanley, revenu en Europe, après avoir exploré le Congo, conçut le projet d’exploiter les productions de cette région et chercha des capitaux. 11 obtint la confiance de Léopold II, qui lui promit une aide efficace. Alors Stanley créa le Comité d’études du Congo (novembre 1878), qui devint, cinq ans après, l\4ssociation internationale du Congo. De nombreuses stations commerciales furent établies sur la route de Zanzibar au lac Tanganyika et de ce lac à l’océan Atlantique. On en comptait 17 en 1883. A cette époque, Stanley découvrit encore le lac Mantumba. Malade, il rentra en Europe, au mois de juillet 1884, et fut remplacé, à la tête de l’Association, par le lieutenant-colonel sir Francis de Winton.
L’Association, subventionnée par le roi des Belges, réalisa beaucoup de progrès et s’installa sur les parties du bassin du Congo qu’elle jugea les plus avantageuses. Le 14 avril 1884, elle créa l’Etal indépendant du Congo, dont Léopold II accepta la souveraineté à titre personnel.
Partage de l’Afrique.
Les hardies missions des explorateurs avaient révélé les richesses de l'Afrique et ouvert ce continent presque inconnu. Les nations européennes annexèrent, avec une hâte fébrile, surtout à partir de 1881, les territoires non encore occupés. L’Allemagne, qui n’avait pas de colonies — - car M. de Bismarck les avait d’abord dédaignées — entra en scène et déploya tout de suite la force méthodique qu’elle -met dans toutes ses entreprises. Elle voulait surtout utiliser, dans clés possessions africaines, le courant d’émigration qui lui enlevait de cent à deux cent mille nationaux partant aux Etats-Unis. Une maison de commerce de Brème avait des établissements dans la baie d’Angra- Pcquena, au nord du fleuve Orange. M. de Bismarck en profita pour déclarer, au mois d’avril 1884, le protectorat allemand sur environ 1.300 kilomètres de côtes, depuis le fleuve Orange jusqu'à la limite des possessions portugaises, qui fut plus tard fixée au Bio Counéné (1886). L’Angleterre ne conserva que l'enclave de Walfîsh-bay. En même temps, le docteur Nachtigal était chargé, par le gouvernement allemand, de parcourir les côtes occidentales avec quelques navires de guerre et de prendre possession de tous les territoires non réclamés par d’autres puissances et où étaient installés des comptoirs de commerce allemands. Le 13 octobre 1884, le chancelier de l’Empire notifia officiellement l’établissement du protectorat allemand sur le territoire de Togo (Bagida), sur la baie de Cameroun, sur la côte voisine et sur une zone indéterminée vers l’intérieur. Les li-
l’empire COLONIAL DE LA FRANCE
mites se trouvèrent plus tard arrêtées par des conventions signées avec la France et avec l’Angleterre. Le Sud-Ouest africain allemand élail constitué entre la colonie anglaise du Cap et la colonie portugaise d’Angola; Y Est africain allemand, entre la côte de Zanzibar et les Grands-Lacs. Comme le Cameroun allemand se trouvait serré par la Nigeria anglaise au nord, le Gabon et le Congo français au sud et à l'est, n’ayant pue des côtes sans un bon port, l’Allemagne obtint de l'Espagne une cession à bail de l’île de Fernando-Pô, dans le golfe de Guinée. En même temps, elle lança des missions militaires vers le lac Tchad, mais elles arrivèrent trop lard : des missions françaises parties du Congo les avaient devancées.
Conférence internationale de Berlin (1884-1885).
M. de Bismarck, après avoir, avec rapidité et énergie, placé l’ Allemagne parmi les grandes puissances coloniales de l’Afrique, songea à faire reconnaître toutes les possessions allemandes par l’Europe et à établir un droit international pour l’annexion des territoires non encore occupés. 11 s’adressa d'abord au ministère Jules Ferry, avec lequel il entretenait de bons rapports (1). Une entente préalable se fit entre le
(1) « Jamais, depuis 18G0, nos rapports avec la France n’ont été si bons; c’cst le résultat de 1 avènement en France d'un gouvernement prévoyant. » (Discours de M. de Bismarck au Reichstag.) Le grand chancelier allemand encourageait à ce moment la politique coloniale de la France, avec l’arrière-pensée de lui faire oublier F Alsace-Lorraine, d’affaiblir1 ses forces par1 la dispersion de ses troupes, enlin de la brouiller avec l'Angleterre, comme il avait déjà travaillé à l’éloigner de l'Italie et de l’Espagne. Ce calcul a été déjoué.
grand-chancelier et le ministère français (25 septembre 1884), et la réunion d’une conférence, à Berlin,, de toutes les grandes puissances fut décidée (8 octobre).
La conférence, présidée par M. de Bismarck, dura du 15 novembre 1884 au 26 février 1885. Treize Etats européens et les Etats-Unis d’Amérique étaient représentés. Dans l'impossibilité de déterminer exactement les contrées appartenant à chaque nation, la conférence se borna, après de longues discussions,, à signer des conventions d’une portée limitée. L’Association internationale du Congo et le roi Léopold, pour obtenir l’adhésion de la France, lui avaient précédemment reconnu « le droit de préférence si l’Association était amenée un jour à réaliser ses possessions » (23-24 avril 1884). La conférence reconnut l'Etat indépendant du Congo et confirma notre droit de préemption. Le lor août 1885, Léopold II prit letitre de souverain de l’Etat indépendant du Congo.
Par l’Acte général de Berlin du 26 février 1885, la conférence décida que toute puissance qui s’attribuerait un territoire en Afrique devrait notifier sa prise de possession à toutes les puissances représentées à la conférence, ensuite que la navigation des fleuves africains serait internationalisée, principe qui n’a pas été observé par la suite. Par exemple, l’Etat indépendant du Congo a été autorisé à percevoir des taxes sur le Congo. L.a conférence adopta le mot d'hinterland (arrière-pays) pour indiquer les parties de territoire que chaque occupant aurait plus tard la liberté d’annexer après avoir établi ses droits.